Comportements migratoires chez les oiseaux : des Ă©volutions perceptibles en Normandie

La migration, qu’est-ce que c’est ?

La migration est un mouvement saisonnier effectuĂ© par certaines espĂšces d’oiseaux se dĂ©plaçant entre une aire de reproduction et une aire d'hivernage.

Contrairement Ă  ce que l’on pourrait croire ces dĂ©placements, parfois trĂšs importants, ne sont pas directement conditionnĂ©s par le froid. Plusieurs facteurs interviennent dans le dĂ©clenchement du dĂ©part. Il s’agit, en particulier, de la diminution de la durĂ©e du jour.

La diminution de la quantité de nourriture disponible, associée au régime alimentaire de chaque espÚce, est un autre facteur important dans le déclenchement de la migration.

Ainsi, la plupart des oiseaux insectivores vont devoir quitter l'Europe avant que le nombre d’insectes ne diminue. C’est pourquoi ils partent habituellement Ă  la fin de l’étĂ©.

Deux périodes pour la migration :

  • Fin fĂ©vrier Ă  dĂ©but mai pour les retours sur les zones de reproduction.
  • Mi-septembre Ă  fin novembre pour les arrivĂ©es sur les zones d’hivernage.

Certaines de ces espÚces migratrices sont emblématiques, telles les hirondelles.

- 6 jours en 28 ans

C’est le nombre moyen de jours d’avance dans les dates d’arrivĂ©e de 15 espĂšces migratrices en France

En Normandie, les hirondelles font-elles toujours le printemps ?

Dans notre rĂ©gion, trois espĂšces d’hirondelles et une espĂšce de martinet nichent de façon rĂ©guliĂšre. Ces oiseaux passent l’hiver en Afrique sub-saharienne et reviennent en Europe au printemps pour se reproduire. Le suivi des dates d’arrivĂ©e, rĂ©alisĂ© par le GONm, sur une pĂ©riode d’environ 50 ans (1972-2019) semble indiquer que le changement climatique affecte le comportement migratoire de certaines espĂšces. L’analyse des donnĂ©es rĂ©vĂšle que

ces quatre espùces arrivent maintenant avec 18 jours d’avance en Normandie par rapport à il y a 50 ans.

Le martinet noir est un nicheur urbain commun en Normandie. Il profite des cavitĂ©s de l'habitat ancien pour construire son nid. La rĂ©novation urbaine actuelle conduit souvent Ă  la diminution des cavitĂ©s situĂ©es sous les toitures l’empĂȘchant ainsi de nicher.

Il arrive en moyenne 5 jours plus tĂŽt*

L’hirondelle de fenĂȘtre forme de petites colonies en construisant des nids avec de la terre, sous les rebords des fenĂȘtres, des porches et des toitures. A l’échelle nationale, leurs effectifs ont connu une baisse de 33% au cours des 10 derniĂšres annĂ©es (programme STOC du MNHN).

Elle arrive en moyenne 19 jours plus tĂŽt*

L’hirondelle rustique est plutĂŽt infĂ©odĂ©e aux milieux ruraux et Ă  l'Ă©levage. Elle affectionne particuliĂšrement les Ă©tables et autres dĂ©pendances agricoles pour Ă©difier une coupelle de terre qui lui tient lieu de nid. Insectivore, le couple alimente la nichĂ©e en moucherons et autres arthropodes Ă  un rythme soutenu. Les premiĂšres arrivĂ©es sont dĂ©sormais observĂ©es dĂšs le dĂ©but du mois de fĂ©vrier dans notre rĂ©gion, soit un mois avant les dates d’arrivĂ©es enregistrĂ©es dans les annĂ©es 70.

Elle arrive en moyenne 27 jours plus tĂŽt*

L’hirondelle des rivages quant Ă  elle creuse des cavitĂ©s dans les berges des cours d'eau et les fronts de taille des graviĂšres. Ces oiseaux forment ainsi des colonies allant jusqu’à plusieurs centaines de trous. Ils sont trĂšs dĂ©pendants des phĂ©nomĂšnes d’érosion sur le littoral et quelques cours d’eau, ainsi que des exploitations de granulats.

Elle arrive en moyenne 24 jours plus tĂŽt*

* : qu'il y a 50 ans, en région Normandie.

Depuis avril 2020, l'ANBDD publie, chaque semaine, une infographie destinée aux réseaux sociaux. Ainsi, le Biodiv'Hebdo reprend une information issue des acteurs de la connaissance naturaliste en Normandie pour la diffuser auprÚs d'un large public.

D’autres espùces migratrices arrivent en Normandie pour passer l’hiver

Certains oiseaux nichant en Scandinavie et en SibĂ©rie arrivent jusqu’en Normandie durant les hivers rigoureux ou lorsque la couverture neigeuse des rĂ©gions nordiques ne leur permet pas de trouver suffisamment de nourriture.

Depuis plusieurs annĂ©es, les observations de ces espĂšces, qui sont d’habitude rĂ©guliĂšres entre novembre et mars, se font de plus en plus rares pour un certain nombre d'entre elles. En effet, dans sa base de donnĂ©es, le GONm a recensĂ© 10 fois moins d’observations de passereaux nordiques au cours des 5 derniĂšres annĂ©es.

Depuis les annĂ©es 2000, on constate une diminution voire une absence totale d'observations de certaines espĂšces de passereaux nordiques. C’est le cas pour la linotte Ă  bec jaune, la corneille mantelĂ©e ou l’alouette haussecol.

Comment peuvent s’expliquer ces diminutions ?

Du fait des changements climatiques, ces passereaux - essentiellement granivores - trouveraient des ressources alimentaires en quantité suffisante et des conditions environnementales suffisamment hospitaliÚres plus au nord. De ce fait, ces espÚces ont de moins en moins besoin de rejoindre notre région pendant la saison froide.

Autre consĂ©quence possible de ces modifications climatiques, on observe 2 fois moins de canards marins hivernants en 30 ans, alors mĂȘme que les cĂŽtes normandes reprĂ©sentaient, il y a encore peu de temps, la principale zone d’hivernage de ces canards marins nordiques en France.

Ainsi, entre 1975 et 1985 ce sont plus de 110 000 canards hivernants qui ont Ă©tĂ© comptĂ©s, tandis qu’entre 2005 et 2015 ce nombre n’a Ă©tĂ© que d’environ 60 000. Cette dynamique qui est observĂ©e depuis plusieurs annĂ©e, pour de nombres espĂšces, est donc trĂšs probablement liĂ©e aux effets du rĂ©chauffement climatique.

En effet, si on regarde le cas spĂ©cifique de l’Eider Ă  duvet qui prĂ©sente une baisse de ses populations nicheuses Ă  l’échelle europĂ©ennes, cette diminution liĂ©e Ă  une moindre reproduction n’explique pas, Ă  elle seule, le trĂšs important dĂ©clin du nombre d’eider observĂ©s en hiver sur les cĂŽtes normandes.

L'eider à duvet n'est plus que trÚs rarement observé en Normandie (photo : Andrew Hardcare).

Quel bilan Ă  ce jour ?

L'Ă©volution des dates de passage des oiseaux migrateurs observĂ©e en Normandie semble ĂȘtre le signe d'une adaptation de ces espĂšces aux changements de conditions environnementales qui affectent les Ă©cosystĂšmes qu’ils frĂ©quentent.

Ainsi, selon le comportement migratoire et la saison de migration (printemps ou automne), certaines espĂšces vont soit retarder leur arrivĂ©e ou se faire plus rares (cas des migrateurs nordiques) tandis que d’autres, au contraire, vont avancer leurs dates de passage montrant ainsi une adaptation Ă  l’apparition plus prĂ©coce de conditions environnementales favorables Ă  la reproduction (cas des migrateurs transsahariens comme les hirondelles).**

Focus sur un programme d’envergure europĂ©enne l’EuroBirdPortal

Il s’agit d’un programme, financĂ© par l’Europe (programme LIFE), dont l’objectif est de suivre en temps rĂ©el le phĂ©nomĂšne de la migration Ă  l’échelle de l’Europe. Ainsi, ce sont les mouvements de 105 espĂšces d’oiseaux qui sont observables semaine aprĂšs semaine, depuis janvier 2010.

Chaque jour, environ 120 000 donnĂ©es d’observations, Ă  l’échelle europĂ©enne, sont ajoutĂ©es Ă  la base de donnĂ©es du portail. En France, ces donnĂ©es sont en partie issues de la participation citoyenne Ă  diffĂ©rents projets de sciences participatives Ă  l’instar de Faune-France et de l’observatoire des oiseaux des jardins portĂ©s par la LPO.

Liens vers les cartes de visualisation :

** : un focus sur « l’évolution des oiseaux d’eau hivernants en Normandie » sera publiĂ© cette annĂ©e.



Pour en savoir plus, téléchargez la fiche complÚte de notre collection l'état des lieux des connaissances naturalistes régionales consacrée aux comportements migratoires.

Migrateurs.pdf
Contact : obn@anbdd.fr