11 octobre 2021

[Retour sur l’atelier technique] L’éco-pâturage au service de la collectivité

[Retour sur l’atelier technique] L’éco-pâturage au service de la collectivité
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L’ANBDD a proposé, le 21 septembre 2021 à Evreux, un événement qui s’inscrit à la fois dans le programme des ateliers techniques pour les collectivités et le dispositif DDTour. Mêlant présentations en salle et visite de terrain, la quinzaine de participants ont pu découvrir la démarche de la commune de Vexin-sur-Epte, le retour d’expérience de la ville d’Evreux, et appréhender in situ la gestion d’un site pâturé sur les coteaux de Nétreville. Retour sur cet après-midi.

L’éco-pâturage séduit de plus en plus de collectivités pour la gestion de leurs espaces verts. Et pour cause, il présente de nombreux atouts. Économique, cette technique d’entretien est rentable très rapidement et diminue la gestion des déchets verts. Écologique, ce mode de gestion favorise la biodiversité aussi bien floristique que faunistique. Et son bilan carbone positif permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Social, l’animal créant du lien entre les générations, il permet aussi de sensibiliser le grand public aux actions de protection de l’environnement menées par la collectivité.

Deux retours d’expériences normands

VEXIN SUR EPTE

Vexin-Sur-Epte regroupe 14 villages, la commune possède une grande superficie. En 2021, les élus décident de tester l’éco-pâturage sur quelques espaces de la commune, en faisant à un appel aux particuliers propriétaires d’animaux.

L’expérience
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En 2021, dans un souci de diminuer la charge de travail des agents sur les parcelles communales à entretenir (le territoire est vaste, la superficie de Paris !), les élus décident de tester l’éco-pâturage.

Le parti-pris est de proposer à la population des terres disponibles recensées au préalable. 4 personnes et 1 association répondent à l’annonce. Les deux parties conventionnent.

Des enseignements peuvent déjà être tirés de cette expérimentation très récente.

Certaines améliorations sont à prévoir (les parcelles trop petites ne sont pas adaptées à l’éco-pâturage car il faut déplacer les animaux régulièrement, la localisation des parcelles à éco-pâturer est à bien définir pour ne pas provoquer de plaintes des riverains), les clôtures des parcelles sont un sujet important (coûteuses, nécessitant une surveillance et un entretien très réguliers), et on s’aperçoit que des connaissances zootechniques sont indispensables à la bonne conduite des animaux et leur bien-être.

Le bilan de l’expérience est positif, l’éco-pâturage est le plus souvent bien accueilli, l’expérimentation va être poursuivie en améliorant les points problématiques rencontrés. Le travail avec un partenaire professionnel privé est envisagé.

EVREUX

Evreux possède une longue pratique de l’éco-pâturage, depuis près de vingt ans sur certains de ces terrains communaux. Les coteaux sont particulièrement adaptés à cette gestion.

Une longue pratique de l’éco-pâturage sur les coteaux
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Evreux est classée deuxième ville moyenne de France avec le plus d’espaces verts par habitant.

Ces espaces naturels sont variés : espaces urbains, forêts, coteaux, cours d’eau, mares, cavités à chauve-souris, etc.

Les coteaux qui entourent la ville ont été abandonnés au milieu du XXe siècle, et se sont boisés et embroussaillés progressivement. Sur ces terrains en pente, la solution de l’éco-pâturage s’est imposée au milieu des années 2000, en partenariat avec le Conservatoire d’espaces naturels de Normandie, avec succès.

L’éco-pâturage est dorénavant un outil de gestion communal (en régie) à part entière, avec un berger, un troupeau conséquent, du matériel agricole, des activités agricoles liées (production de foin, tontes des moutons), pour l’entretien des coteaux, de quelques zones humides et en pied d’immeubles dans un des quartiers de la ville. C’est aussi un bel outil de communication et de sensibilisation à la biodiversité.

La ville continue a avoir de nombreux projets pour ses coteaux (achat des parcelles au fur et à mesure pour avoir une meilleure maîtrise foncière des terrains, mise en valeur par des aménagement doux et des documents de communication, etc.).

Sur le terrain

L’après-midi s’est prolongé par une visite sur le site des coteaux de Nétreville et la rencontre du berger.
Les participants ont pu découvrir le travail du berger, du troupeau de moutons de race solognote (une vingtaines de bêtes sur les 300 têtes de la ville) et des deux chiens.
Les animaux pâturent sur le site, certains espaces sont volontairement laissés tranquilles pour laisser des coins-refuges pour la biodiversité. Des bilans sont réalisés tous les ans avec le CEN Normandie pour adapter au mieux les pratiques et la gestion des sites. On voit une évolution du milieu et du type de végétations, la réapparition d’espèces.
Au fil de la visite, chacun a pu échanger librement avec les uns et les autres.

Au fil des échanges, on retient aussi

  • L’éco-pâturage est un outil de gestion complet, qui rend de nombreux services (entretien des sites parfois difficiles d’accès ou quand la mécanisation n’est pas adaptée, maintien des paysages et de l’attractivité du territoire, intérêt pédagogique) et permet de maîtriser les dépenses.
  • Avant de se lancer, il faut bien définir ses objectifs, faire l’inventaire des terrains disponibles (parcelles de pâturage pas trop petites, car il faut déplacer les animaux régulièrement), mais aussi se préoccuper des filières connexes (fourrage, gestion des litières si on a une bergerie, débouché des tontes des moutons, etc.)
  • Le gestionnaire doit avoir une approche zootechnique, avec des compétences en interne ou en faisant appel à un prestataire extérieur (les animaux sont vivants, il faut pouvoir gérer les naissances, les maladies, la fin de vie).
  • Le choix des animaux doit être réfléchi selon les usages et les moyens déployés, on ne conduit pas un troupeau de caprins ou d’ovins de la même manière selon la docilité des animaux !
  • Certains animaux peuvent cohabiter au sein d’un même troupeau, comme les ânes et les moutons.
  • L’éco-pâturage est un bon vecteur de sensibilisation, d’apprentissage de la nature et de lien social, les animaux attirent toujours le regard et la curiosité, notamment des jeunes. Il faut néanmoins veiller à bien choisir la localisation des parcelles, concerter et communiquer sur le projet, pour qu’il soit compris et accepté et ainsi éviter les conflits de voisinage.
  • Ne pas négliger la réflexion sur les clôtures, en fonction des usages (parc en dur, clôtures électriques, filets, etc.), de la durée de la mise à l’herbe, et le coût des réparations éventuelles.
  • Le chiffrage du temps agent économisé, des économies réalisées (équipements, carburant…) ou des recettes potentielles engrangées peut faire partie de l’argumentaire en faveur de l’éco-pâturage.
  • L’éco-pâturage est utilisé parfois pour lutter contre les espèces exotiques envahissantes (notamment sur la renouée du Japon), sous réserve que la zone infestée soit adaptée à l’éco-pâturage.

Merci aux intervenants pour la qualité de leurs présentations et à tous pour la richesse des débats et échanges.
Merci à la ville d’Evreux pour son accueil à la Mairie et sur le terrain.

Pour aller plus loin, des ressources en ligne

Des ressources d’information (sites, guides, fiches) permettent d’approfondir le sujet, de trouver des prestataires, etc. Retrouvez-les dans la fiche-ressources “L’éco-pâturage au service de la collectivité” :

À bientôt avec l’ANBDD !

Contacts à l’Agence

Tiphaine Nogues
Tiphaine Nogues
Stratégies et programmes régionaux – Réseau Trame Verte et Bleue
Guillaume Salagnac
Guillaume Salagnac
Mobilisation des collectivités – Territoires engagés pour la Nature
Sophie Lecuit
Sophie Lecuit
Chargée de veille – Biodiversité
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