La trame noire
La trame noire peut être définie comme un ensemble connecté de réservoirs de biodiversité et de corridors écologiques avec un niveau d’obscurité suffisant pour la biodiversité. Plus simplement, c’est préserver l’environnement nocturne et les besoins d’obscurité des espèces nocturnes et diurnes en réduisant les effets de la pollution lumineuse.
Il s’agit donc de préserver « la nuit » de nos éclairages artificiels par le biais de la politique publique Trame Verte et Bleue.

Dans le cadre de ses missions sur la TVB, l’ANBDD s’est emparée du sujet dès 2020 en créant un premier groupe de travail sur la trame noire, qui a produit depuis de multiples ressources.
La pollution lumineuse désigne la présence excessive, anormale ou néfaste de lumière artificielle dans l’environnement nocturne qui fragmente et entraîne la disparition de l’habitat nocturne, essentiel aux êtres vivants.
L’alternance du jour et de la nuit rythme le vivant. Alors que les espèces diurnes s’activent au grand jour, les espèces nocturnes se sont adaptées à l’obscurité pour chasser, se nourrir, se déplacer ou communiquer — en utilisant par exemple les ultrasons (chauves-souris) ou la bioluminescence (lucioles et vers luisants).
En constante augmentation, la pollution lumineuse perturbe profondément la faune et la flore.
Chez les animaux, elle provoque deux réactions contraires mais tout aussi néfastes :
- L’attraction : de nombreuses espèces sont piégées, désorientées par la lumière, à l’image des insectes tournoyant autour des lampadaires jusqu’à l’épuisement ou la prédation.
- La répulsion : d’autres espèces fuient les zones éclairées, comme les chauves-souris ou les amphibiens, voyant ainsi leur habitat se fragmenter et disparaitre.
Dans les deux cas, la lumière artificielle dérègle le cycle biologique (horloge interne, reproduction, métabolisme…) et le mode de vie des espèces (déplacements, domaine vital, relation proie / prédateur…).
La flore est également impactée par la pollution lumineuse en détournant les insectes pollinisateurs nocturnes et en désynchronisant le cycle naturel des plantes (bourgeonnements précoces, chute tardive des feuilles).

Quelques exemples d’adaptation des rapaces nocturnes à la vie nocturne : Les hiboux et chouettes ont une tête volumineuse, marquée par un disque facial qui permet au son d’être rapidement canalisé vers les oreilles (comme un système d’entonnoir), faisant de leur ouïe un sens très développé. Leurs yeux, très volumineux (environ 50% du volume de leur tête) possèdent des cellules photoréceptrices qui captent la faible luminosité naturelle de la lune et de la voie lactée. Les grandes plumes des ailes, les rémiges sont coiffées de peignes rendant le vol silencieux.
Une loi française pour diminuer les nuisances lumineuses
L’Arrêté ministériel du 27 décembre 2018, relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses, impose des prescriptions temporelles et techniques sur l’éclairage public et privé, pour lutter contre la pollution lumineuse. Cette réglementation s’organise autour de 7 grandes catégories d’éclairage (mise en valeur du patrimoine, éclairage des bâtiments non résidentiels, parkings,…). Des prescriptions particulières sont données pour les sites à enjeux astronomiques et écologiques (parcs naturels régionaux, réserves naturelles…) et il est désormais interdit d’éclairer les surfaces en eau (lacs, étangs, cours d’eau,…). Les installations existantes doivent se mettre en conformité au fur et à mesure de leur rénovation ou de leur remplacement. Toute nouvelle installation depuis janvier 2020 doit être conforme à cet arrêté. Les infractions aux prescriptions sont passibles d’une amende au plus égale à 750 € par installation lumineuse irrégulière.
Pour en savoir plus : https://www.ecologie.gouv.fr/arrete-du-27-decembre-2018-relatif-prevention-reduction-et-limitation-des-nuisances-lumineuses
Les collectivités normandes s’engagent
Depuis 2020, de nombreuses collectivités pratiquent l’extinction en cœur de nuit. Si cette avancée réduit la pollution lumineuse, elle reste insuffisante pour préserver la biodiversité, particulièrement vulnérable lors des phases de crépuscule et d’aube.
L’enjeu est désormais d’adopter un éclairage juste : éclairer uniquement où il faut, quand il faut et comme il faut. À l’instar de la gestion différenciée des espaces verts, cette approche concilie besoins humains, sobriété énergétique, maîtrise financière et préservation du vivant. À l’échelle d’un territoire (intercommunalité, agglomération), cela implique d’identifier et de restaurer la trame noire.
La trame noire en Normandie : l’ANBDD vous accompagne
Pour préserver la biodiversité nocturne et lutter contre la pollution lumineuse, l’ANBDD aide les collectivités normandes, les entreprises et syndicats d’énergie à concevoir et déployer leurs stratégies trame noire.
Notre mission s’articule autour de trois piliers :
- Animation et concertation : pilotage de groupes de travail thématiques et organisation de temps fort (ateliers, formations, journée technique) pour fédérer les acteurs du territoire et partager les bonnes pratiques.
- Accompagnement méthodologique : appui sur mesure lors d’étude trame noire ou de mise en place de gestion différenciée de l’éclairage (cadrage du besoin, relecture de cahiers des charges, aide à l’élaboration des plans d’action et de la gestion différenciée, sensibilisation des élus et agents).
- Outillage et sensibilisation : mise à disposition de guides pratiques, veille technique et appui à la création de supports de communication.



Quelques outils développés pour vous :



