Bilan ornithologique

Bilan ornithologique

Depuis longtemps, les oiseaux font partie de notre environnement quotidien. Beaucoup sont associés à des symboles positifs : la colombe symbolise la paix, la chouette la sagesse, l’aigle quant à lui représente la majesté. Plus globalement, nous associons les oiseaux à la notion de liberté compte tenu de leur capacité à voler… une aptitude enviée par de nombreux humains !
Outres ces aspects anthropomorphiques les oiseaux ont des rôles écologiques très importants, notamment dans l’équilibre des écosystèmes. C’est le cas, par exemple, des mésanges qui se révèlent être de grandes prédatrices de larves et d’insectes, ou encore, de la chouette effraie qui régule les populations de petits rongeurs.
Tous ces éléments contribuent à faire des oiseaux le groupe d’espèces le plus observé par le monde naturaliste. En Normandie, comme partout ailleurs, ce réseau d’observateurs est composé en majorité d’amateurs passionnés regroupés au sein d’associations.

Quelle est la diversité des oiseaux en Normandie ?

A ce jour, les données collectées au cours des 50 dernières années par l’association Groupe Ornithologique Normand (GONm) permettent d’affirmer que 396 espèces d’oiseaux ont été observées en Normandie, ce qui représente 68 % des espèces observées en France*.

Parmi les espèces observées dans notre région, 86 font partie des espèces menacées de la liste rouge nationale des oiseaux nicheurs soit 1/5eme des espèces observées en Normandie.
NB : Dans les mois à venir, nous prévoyons une déclinaison normande de cette liste rouge. Ceci nous permettra de connaitre le risque de disparition qui pèse sur chacune des espèces à l’échelle de notre région.

*568 espèces d’oiseaux ont été recensées à l’échelle de la France métropolitaine qu’elles soient nicheuses, hivernantes ou de passage.

Un nombre d’observations en constante évolution

La base de données régionale utilisée pour cette étude est composée de plus de 2 millions d’observations recueillies au cours des 50 dernières années.
Au cours de cette période, toutes les communes de Normandie ont été prospectées au moins 2 fois et possèdent au minimum 29 observations. Malgré cela, il existe encore une importante hétérogénéité aux niveaux départemental et communal. En voici quelques illustrations :


Ainsi, on note que 35% des données sont localisées dans la Manche et seulement 7% dans l’Orne. 5% des communes présentent plus de 150 espèces tandis que 26% n’atteignent pas le seuil de 50 espèces observées et sont donc considérées comme insuffisamment prospectées.
Cette hétérogénéité peut s’expliquer par certains biais liés à la transmission des données. En effet, les données relatives aux espèces considérées comme communes par les observateurs ne sont pas ou peu transmises, contrairement aux espèces plus patrimoniales pour lesquelles les données remontent plus facilement. Autre biais identifié : la pression d’observation est très variable en fonction des secteurs géographiques.

Un point encourageant :
Au cours des 6 dernières années, la proportion de communes présentant un nombre d’espèces d’oiseaux « faible à très faible » a diminué de moitié, il est passé de 52% à 26%. Et le nombre de communes avec un nombre d’espèces qualifié de « bon à très bon » a, quant à lui, augmenté de presque 25 %, il est passé de 47% à 73%.

Des espèces caractéristiques des grands milieux naturels

Parmi toutes les espèces pouvant être observées dans notre région, certaines sont caractéristiques de milieux particuliers. On parle alors d’espèces spécialistes. Elles trouveront, dans ces milieux, les éléments qui leurs sont nécessaires pour se nourrir, se reproduire et se réfugier en cas de danger.
Ainsi, le fait de visualiser les données spécifiques à ces espèces permet de localiser, à l’échelle de la région, les grands milieux dont elles dépendent.

Espèces des milieux forestiers :

Ces milieux diversifiés abritent un grand nombre d’espèces dont certaines peuvent être spécifiques d’un type de peuplements forestiers (forêts de feuillus, de conifères ou bien massifs jeunes, matures voire vieillissants). D’autres seront plutôt localisées au niveau des lisières ou des zones en régénération. En Normandie, leur présence révèle, entre autre, les grandes zones forestières de l’Orne mais également les secteurs de bocages ou riches en clos-masures anciens.


Quelques exemples : le pic noir et la sittelle torchepot sont 2 espèces liées aux massifs anciens dans lesquels elles trouveront les cavités nécessaires à leur nidification. Le roitelet triple bandeau est, pour sa part, lié aux forêts de conifères.

Le Pic noir – photo : Gérard Pontini

Espèces des milieux « broussailleux » :

la pie grièche écorcheur

Ces milieux sont qualifiés d’intermédiaires entre les milieux forestiers et les milieux ouverts (cultures, prairies). Il s’agit, par exemple, des landes, des fourrés, des haies basses ou des ronciers.


Ces secteurs sont caractérisés par la présence d’espèces comme la linotte mélodieuse, la fauvette grisette, ou la pie grièche écorcheur qui sont des espèces autant rebutées par des secteurs trop denses en arbres que par des zones très ouvertes mais qui ont besoin, pour la nidification, d’arbustes et de buissons touffus.

Espèces des milieux ouverts :

Il s’agit de zones de plaines, de grandes cultures ou de prairies. Ce type de secteurs est caractérisé par des espèces nichant à même le sol parmi la végétation (herbes hautes, céréales, etc.). En Normandie, leur localisation montre que ces espèces ne sont pas spécialement caractéristiques des secteurs cultivés, mais qu’elles sont attirées par les espaces sans arbres. C’est pourquoi elles se trouvent dans les zones de grandes cultures comme la plaine de Caen, le plateau du Neubourg ou le Pays de Caux, mais également au niveau des marais de Carentan ou au niveau de la côte occidentale de la Manche.


Il s’agit, par exemple, de la caille des blés, du busard saint martin ou de l’alouette des champs.

Espèces des milieux urbains :

Certaines espèces vont se trouver de façon préférentielle dans des secteurs urbanisés comme les villes et les villages. On parle alors d’espèces « anthropophiles » car elles ont développé une véritable dépendance aux milieux artificialisés, notamment pour la nidification.

Il s’agit, par exemple, du choucas des tours ou du rougequeue noir, des espèces à l’origine rupestres (c’est-à-dire nichant sur les falaises ou ravins) et qui trouvent dans les constructions humaines (clochers, tours, ruines, etc.) des conditions favorables pour construire leurs nids. C’est également le cas du très connu moineau domestique.

Choucas des tours

Milieux humides :

Le Bruant des roseaux

La localisation de ces espèces permet de mettre en valeur les principales zones humides de Normandie : les marais de Carentan, la basse vallée de la Seine, les vallées de l’Orne et de la Dives et la côte occidentale du Cotentin.

Ces secteurs se distinguent par la présence de nombreux plans d’eau stagnantes entourés de végétation haute constituant les habitats de prédilection d’espèces, par exemple le bruant des roseaux ou la locustelle luscinoïdes.

NB : Un focus sur « l’évolution de la répartition des oiseaux de zones humides » sera publié sur ce site dans le courant de l’année 2020.

Quel bilan à ce jour ?

La connaissance liée aux oiseaux et aux milieux dits communs reste, encore à ce jour, perfectible. En effet, beaucoup d’observateurs ne transmettent que leurs observations liées aux espèces « intéressantes » (c’est-à-dire rares ou liées à des milieux à enjeux comme le littoral ou les zones humides, par exemple). Ceci se produit au détriment des espèces et des sites de nature plus ordinaires.
Ce biais tend toutefois à se réduire grâce à un important travail mené, depuis une quinzaine d’année, par les observateurs qui tentent au maximum de limiter ces biais de prospection et de remontée des données.
Ainsi, le nombre moyen d’espèces observées par commune est passé de 28 espèces en 2003 à 48 en 2013 pour être en 2019 à 61 espèces observées en moyenne par commune. L’effort doit donc être maintenu dans les années à venir pour, qu’à terme, les données d’espèces présentes dans les bases de données reflètent la réalité de la répartition de l’avifaune normande.

Focus sur les sciences participatives :
Si vous souhaitez participer à cet effort de collecte de données n’hésitez pas à aller consulter la plateforme Faune-Normandie et à vous y inscrire ! Ce portail, administré par le GONm et par la LPO Normandie, est la déclinaison régionale de Faune-France. Il est directement accessible en ligne et permet aux observateurs normands de saisir et de partager leurs observations naturalistes. En participant et en alimentant cette base de données vous contribuez aux enquêtes locales, nationales et européennes.

Pour en savoir plus, téléchargez la fiche complète de notre collection l’état des lieux des connaissances naturalistes régionales consacrée à l’avifaune normande