Les orthoptères de Normandie

Les orthoptères de Normandie

Les Orthoptères forment un groupe d’insectes qui comprend les sauterelles, les grillons et les criquets. A ce jour, 68 espèces ont été recensées en Normandie. Grâce à un important travail de prospection ce groupe d’invertébrés est probablement celui qui est le mieux connu à l’échelle régionale.

Les orthoptères : Qui sont-ils et quels sont leurs rôles écologiques ?

Il s’agit d’espèces qui se développent dans des habitats ouverts ou la végétation herbacée est haute, dense et bien exposée au soleil (ex : friches, prairies, talus, bords de chemins, lisières de forêts…). Certaines espèces vont être caractéristiques de certains milieux comme les prairies humides ou les pelouses calcicoles par exemple.

Les orthoptères se caractérisent par la capacité qu’ils ont d’émettre des sons, on parle de stridulations. Ces chants, qui caractérisent chaque espèce, ont un rôle au moment de la reproduction. Dans la majorité des cas, seuls les mâles possèdent cette capacité, soit en frottant leurs deux ailes l’une contre l’autre soit, comme le grillon, en frottant leurs pattes postérieures contres leurs ailes.

Criquets vs Sauterelles … Une question d’antennes !

Leptophyes punctatissima (Sauterelle ponctuée)
Stethophyma grossum (Criquet ensanglanté)

Les criquets ont des antennes épaisses et plus courtes que leur corps tandis que les sauterelles et les grillons ont des antennes fines et longues !

Une grande diversité d’orthoptères en Normandie

A ce jour, la base de données qui a été constituée par le Conservatoire d’Espaces Naturels de Normandie et par le GRETIA est composée de plus de 54 000 données majoritairement recueillies depuis le début des années 1990.

Combien d’espèces de criquets, de sauterelles et de grillons ont été observées en Normandie au cours des 30 dernières années ?

En l’état actuel des connaissances, 68 espèces d’orthoptères sont présentes en Normandie sur les 210 espèces recensées en France. Parmi elles, 2 sont considérées comme disparues de la région car elles n’ont pas été revues depuis plus de 50 ans !
A l’inverse, au cours de la même période, 16 nouvelles espèces ont été découvertes ou redécouvertes sur le territoire normand.

Ces découvertes peuvent s’expliquer de deux façon :

  • L’augmentation du niveau des connaissances en région qui résulte, notamment, de la réalisation d’un atlas régional;
  • L’arrivée d’espèces dites méridionales. Il s’agit d’espèces habituellement retrouvées plus au sud, qui étendent actuellement leur aire de répartition vers le nord et qui arrivent jusqu’en Normandie.

Avec 72% des communes normandes possédant une ou plusieurs données et un nombre moyen de 8 espèces par commune, notre connaissance de la répartition des espèces dans la région peut être considérée comme satisfaisante. Nous savons ainsi que certains secteurs présentent une diversité d’espèces plus importantes que d’autres.

Des spécificités territoriales …

A l’échelle normande, plusieurs territoires présentent une grande diversité d’espèces. Il s’agit essentiellement des vallées de la Seine et de l’Eure au niveau où l’on recense jusqu’à 33 espèces d’orthoptères sur certaines communes. C’est également le cas de la côte ouest du cotentin, de la suisse normande et du pays de Bray au niveau desquels certaines communes abritent jusqu’à 25 espèces différentes.

Ces secteurs présentent généralement une importante diversité de paysages et sont associés à des milieux naturels rares souvent chauds et secs : coteaux calcaires, pelouses sableuses, escarpements rocheux ou bien encore des dunes et des landes.

… et des secteurs à enjeux :

Parmi les 68 espèces présentes en Normandie, certaines sont plus rares ou plus sensibles que d’autres. Elles sont même parfois menacées. Leur présence sur certains secteurs permet de définir des territoires « à enjeux » pour la préservation de ce groupe d’insectes.


A ce jour, ce sont 34 espèces qui sont considérées comme « à enjeux » sur le territoire normand. Cette liste a été définie à partir des deux listes rouges régionales de Haute et de Basse Normandie. Elle sera actualisée dans les mois à venir grâce à la réalisation d’une liste rouge régionale normande.


De façon générale, la présence de ces espèces sensibles et menacées est liée à la présence d’habitats rares ou fragiles comme les zones humides, les pelouses sableuses et calcaires. Ainsi, des secteurs comme la côte ouest du cotentin, les vallées de l’Orne, de la Seine ou bien encore le Perche ornais constituent des territoires favorables en Normandie. En effet, certaines communes de ces secteurs peuvent héberger jusqu’à dix espèces menacées.

Exemple du criquet des ajoncs :
Cette espèce ne colonise que les secteurs de landes chaudes et sèches. Elle n’est donc présente en Normandie que sous forme de petites populations isolées principalement en Suisse normande, sur le littoral de la Manche. Ainsi la raréfaction des milieux dans lesquels cette espèce se développe conduit à la considérer comme « en danger » sur le territoire de l’ex-Basse- Normandie.

La présence d’espèces d’« affinités méridionales » en Normandie : Un signe du changement climatique ?

Sur les 68 espèces d’orthoptères présentes en Normandie, toutes n’ont pas les mêmes exigences environnementales. Certaines sont connues pour apprécier les milieux frais et ombragés tandis que d’autres, à l’inverse, ne vont coloniser que les milieux les plus chauds et secs.

A ce jour, 22 espèces d’« affinités méridionales » sont présentes sur le territoire normand. Il s’agit d’espèces qui ont comme point commun d’être en limite nord de répartition en Normandie et/ou qui présentent des dynamiques d’expansion au cours des dernières années.

Il s’agit souvent d’espèces pour lesquelles la température joue un rôle important dans la réussite de la reproduction. De ce fait, elles vont généralement uniquement coloniser des habitats secs où la température est suffisamment élevée

En Normandie on distingue 4 principaux secteurs qui sont favorables au développement de ces espèces. Il s’agit :

  • Des vallées de la Seine et de l’Eure ;
  • De l’extrême sud du département de l’Orne (territoire du PNR du Perche) ;
  • De la côte ouest du cotentin ;
  • De la vallée de l’orne ;

Depuis le début des années 90, les espèces d’affinités méridionales ont étendues leur aire de répartition au sein du territoire régional. D’abord très localisées et isolées, elles se sont développées en suivant le littoral et les principales vallées pour être maintenant fréquemment observées sur une grande partie du territoire normand. Ainsi, en 15 ans, le nombre d’observation de ces espèces a doublé sans qu’elles n’aient fait l’objet de prospections particulières.

Cas du Conocéphale gracieux (Ruspolia nidulata) :
Le Conocéphale gracieux est une espèce de sauterelle dite thermophile, c’est-à-dire qu’elle a une préférence pour les températures élevées. Elle fréquente toute sorte de milieux herbeux comme les prairies, les lisières ou les bords de route. Avant 1999, année où cette espèce a été découverte dans une commune du sud de l’Orne. Le Conocéphale gracieux n’avait été observé qu’une seule fois au début du XXème siècle sur un coteau calcaire à Orival en Seine-Maritime. Depuis sa redécouverte en 1999, cette espèce a rapidement colonisé tout le territoire du Perche puis les vallées de la Seine et de l’Eure. En 2011 des stations isolées ont été découvertes en Baie du Mont-Saint-Michel ainsi que sur le littoral de la Seine-Maritime et dans le pays de Bray. Son expansion a pu être suivie, dans notre région, années après années grâce à l’apparition d’individus sur des sites naturels suivis où son absence les années précédentes ne faisait aucun doute (Réserves Naturelles Nationales et Régionales, les Espaces Naturels Sensibles, les sites des conservatoires).
Conocéphale gracieux photographié en 2011 à Vernon (27) – Adrien Simon
En 20 ans

cette espèce a colonisé les ¾ du territoire normand

Pression de prospection

Les orthoptères constituent le groupe d’insectes pour lequel l’intensité de prospection est la plus forte en région. Ceci, en grande partie, grâce à la réalisation de l’atlas régional qui a permis de couvrir une grande partie de la région au court des 30 dernières années. Ainsi 72% des communes normandes possèdent au moins une donnée d’observation d’orthoptère.
Malgré cela, des disparités dans l’intensité de prospection persistent au niveau de certains secteurs, ainsi :

  • Avec seulement 0.5% de communes sans donnée et une pression d’observation homogène, le département de l’Orne est sans aucun doute le territoire le mieux connu de la région ;
  • Dans le Calvados, l’Eure et la Manche les taux de communes sans observation sont proches de la moyenne régionale (avec respectivement 30.1%, 29.2% et 24.1% pour une moyenne régionale de 28%). La pression de prospection y est très hétérogène en témoignent certains secteurs comme les Réserves Naturelles Nationales et Régionales, les sites gérés par les conservatoires ou des secteurs comme les landes de Lessay et la vallée de Seine qui sont parmi les secteurs de Normandie les plus visités (avec parfois jusqu’à 100 visites depuis 1990) !
  • Enfin la Seine-Maritime est le département le moins bien connu de Normandie. Il présente, à la fois, une pression de prospection très hétérogène et un taux de commune sans données important (43.2%). Certains secteurs comme le Pays de Caux sont peu connus tandis que d’autres comme Pays de Bray ou la vallée de Seine ont été intensément prospectés !
  • Avec seulement 0.5% de communes sans donnée et une pression d’observation homogène, le département de l’Orne est sans aucun doute le territoire le mieux connu de la région ;
  • Dans le Calvados, l’Eure et la Manche les taux de communes sans observation sont proches de la moyenne régionale (avec respectivement 30.1%, 29.2% et 24.1% pour une moyenne régionale de 28%). La pression de prospection y est très hétérogène en témoignent certains secteurs comme les Réserves Naturelles Nationales et Régionales, les sites gérés par les conservatoires ou des secteurs comme les landes de Lessay et la vallée de Seine qui sont parmi les secteurs de Normandie les plus visités (avec parfois jusqu’à 100 visites depuis 1990) !
  • Enfin la Seine-Maritime est le département le moins bien connu de Normandie. Il présente, à la fois, une pression de prospection très hétérogène et un taux de commune sans données important (43.2%). Certains secteurs comme le Pays de Caux sont peu connus tandis que d’autres comme Pays de Bray ou la vallée de Seine ont été intensément prospectés !
28% des communes normandes sont, à ce jour, dépourvues d’observation.

Bilan

Les orthoptères font partie des insectes les mieux connus de Normandie. Il s’agit d’un groupe pour lequel les spécialistes ont une image très précise de la richesse spécifique à l’échelle de la région. Ceci grâce à l’important travail de prospection qui a été mené dans le cadre de la réalisation de l’atlas régional.


Ainsi, certains secteurs géographiques comme la vallée de seine ou la côte ouest du cotentin concentrent les plus grands enjeux pour ce groupe et accueillent les plus grandes densités d’espèces méridionales et/ ou sensibles de la région.


En Normandie, les ensembles d’espèces (cortèges) d’orthoptères typiques de certains milieux sont actuellement bien connus et leur évolution constitue d’importants marqueurs de l’évolution des milieux naturels. C’est en particulier le cas pour les espèces méridionales dont l’expansion qui est constatée actuellement illustre l’impact des modifications climatiques sur les insectes.

Pour en savoir plus, téléchargez la fiche complète de notre collection l’état des lieux des connaissances naturalistes régionales consacrée aux Orthoptères.

Loïc CHEREAU
Chargé de mission Antenne Normandie
Conservatoire d’espaces naturels de Normandie