Les mammifères terrestres

Les mammifères terrestres

Les mammifères terrestres constituent un groupe d’espèces très diversifié en raison notamment de leurs modes de vie et de leurs habitats. En effet, certains sont associés à la présence de milieux humides, d’autres à celle de milieux forestiers ou bocagers. Grâce à la diversité des paysages qu’offre la Normandie de nombreuses espèces de mammifères sauvages vivent dans la région.

Quelle est la diversité des mammifères présents en Normandie?

A partir des données collectées au cours des 30 dernières années par les observateurs du Groupe Mammalogique Normand (GMN) un état des lieux des connaissances sur les mammifères terrestres sauvages de Normandie a été dressé. Ce sont ainsi 145 000 données qui ont été analysées par le GMN, structure de référence sur ce groupe taxonomique en Normandie.

Avec 65 espèces de mammifères terrestres parmi les 116 espèces de mammifères présentes en France métropolitaine, la Normandie présente une diversité similaire à la Bretagne (67 espèces) et aux Pays de la Loire (66).

Même si, en comparaison avec certaines de ses régions voisines, la Normandie présente une des plus faibles diversités de mammifères terrestres (72 espèces en Picardie ou 73 en région Centre), ce chiffre ne traduit pas forcement un mauvais état de conservation du peuplement de mammifères à l’échelle régionale. En effet, la localisation géographique de la Normandie, à l’extrême Ouest de l’Europe la positionne en bordure de plusieurs aires de répartition. Ceci explique, en partie, le plus faible nombre d’espèces observées dans les régions françaises les plus occidentales.

En Normandie plusieurs groupes de mammifères sont représentés :

  • Les chiroptères (chauve-souris), avec 20 espèces en Normandie, représentent le groupe le plus diversifié de la région. Pour en savoir plus sur ces espèces !
  • Les rongeurs – 18 espèces (ex : Ecureuil roux ; Lérot…)
  • Les carnivores – 11 espèces (ex : Renard roux, Blaireau européen…)
  • Les insectivores – 9 espèces (ex : Hérisson d’Europe, Taupe d’Europe)
  • Les artiodactyles – 5 espèces (ex : Sanglier ; Chevreuil européen…)
  • Les lagomorphes – 2 espèces (ex : Lapins et Lièvres)

4 espèces initialement présentes sur le territoire régional ont disparu de Normandie depuis le 17ème siècle ! Il s’agit du Castor d’Eurasie, du Chat sauvage, du Loup gris* et du Vison d’Europe.

1 observation historique

Concernant le Loup gris, la présence d’un individu a récemment été confirmée en Seine-Maritime, ce qui fait de cette observation la première donnée de cette espèce depuis plus de 100 ans sur le territoire normand !

Comment se répartissent ces espèces à l’échelle Normande ?

En l’état actuel des connaissances, la richesse spécifique des mammifères est répartie de façon non homogène au niveau régional. Elle est faible au niveau des secteurs urbanisés et des plateaux voués à l’agriculture intensive.


En revanche, elle est plus importante au niveau des vallées boisées, des massifs forestiers et des secteurs de bocages préservés comme dans le Pays d’Auge, la basse Vallée de la Seine (estuaire), le Perche, la Suisse normande, la vallée de l’Orne, le Bessin, le Cotentin et le Petit Caux qui constituent des « hot spot » de biodiversité. Ces secteurs offrent des zones refuges à ces espèces qui ont besoin de grands territoires diversifiés et qui fuient donc les pressions exercées par les activités humaines comme l’agriculture intensive, l’urbanisation ou les infrastructures de transport !


Une seconde explication vient du fait que beaucoup d’espèces présentent un fort lien avec les habitats forestiers. En effet, pour effectuer tout ou partie de leur cycle biologique, de nombreuses espèces sont liées à la présence d’arbres qui leurs servent d’abris, de lieu de reproduction, de garde manger…

Certaines espèces de mammifères normands sont menacées

Une liste des espèces patrimoniales a été dressée à l’échelle normande par le GMN. Cette liste comprend 22 espèces qui présentent un degré de menace à l’échelle régionale, soit environ 34% des espèces présentes dans la région. Elle a été réalisée à partir des Listes Rouges Régionales (LRR) de Haute et de Basse-Normandie préexistantes. Cette liste sera actualisée dans le courant de l’année 2021 grâce à la réalisation d’une nouvelle LRR normande !

Des spécificités départementales 

Le nombre d’espèces de mammifères est le plus important dans le Calvados où 62 espèces différentes peuvent y être observées. Elle est de 60 dans la Manche et en Seine-Maritime, de 58 dans l’Orne et de 57 dans l’Eure.

Concernant les espèces patrimoniales, leur répartition à l’échelle de la région n’est pas homogène. En effet, ces dernières possèdent, pour la plupart, des exigences écologiques particulières liée à la présence d’habitats spécifiques. Ainsi, avec 20 des 22 espèces patrimoniales recensées sur son territoire, le département de la Manche est le territoire normand qui abrite le plus de ces espèces ! Elles sont 19 dans les départements du Calvados et de l’Orne, 18 en Seine-Maritime et 17 dans l’Eure.


Certaines de ces espèces ne sont présentes que dans un des cinq départements normand : c’est le cas par exemple du Campagnol terrestre qui est uniquement présent en Seine-Maritime ou de la Crocidure des jardins et du Rat noir, qui sont uniquement présents dans la Manche.

Une pression d’observation à prendre en considération

En Normandie, lorsqu’on prend en compte les espèces qui sont « faciles » à contacter, il est normalement possible d’observer au minimum 20 espèces différentes de mammifères sur un secteur de 25km² ! A l’échelle régionale, 27.5% des secteurs de 25km² sont concernés par un nombre d’espèce inférieur 20. Ces zones, considérées comme mal connues, sont localisées en bleu sur la carte !


La pression d’observation, liée au nombre d’inventaires et de prospections réalisées sur un secteur défini, est homogène sur l’ensemble du territoire, hormis en Seine-Maritime où le nombre d’inventaire est deux fois plus important que dans les autres départements normands !
A l’échelle de la région, 55 communes sont considérées comme « orphelines » en ce sens qu’aucune donnée de mammifères terrestres n’y est recensée !

Zoom sur les peuplements de micromammifères sauvages :

La connaissance sur la diversité du peuplement de micromammifères présents en Normandie est issue de l’analyse de pelotes de rejection de rapaces nocturnes, essentiellement celles de Chouettes effraies.

En effet, cet oiseau consomme de façon opportuniste de petits mammifères (campagnols, musaraignes, mulots…) dans un rayon de 2km autour de son reposoir diurne. L’analyse de pelotes permet ainsi de connaitre la composition du peuplement de micromammifères et des proportions en termes d’abondance relative des espèces présentes.

Crocidura russula – GMN

Grâce à ce protocole, une diversité importante en petits mammifères a pu être observée dans des secteurs comme le Pays d’Auge, le Pays de Caux, le Pays de Bray, le Perche, le Cotentin, le Bessin et l’Avranchin.


Ces secteurs sont majoritairement caractérisés par la présence d’une diversité d’habitats naturels (bocages, prairies, vergers, bois, zones humides, parcelles cultivées…). Les vallées constituent également des zones favorables d’autant qu’elles sont souvent moins affectées par l’intensification de l’agriculture et de l’urbanisation. A contrario, la banalisation des milieux et des paysages se traduit par une diminution de la diversité des petits mammifères. Dans ces secteurs, seules les espèces les plus opportunistes dominent au détriment d’espèces plus exigeantes écologiquement. Ainsi, cet indicateur témoigne de l’érosion de la biodiversité dans les espaces de nature dits “ordinaires”.

Bilan :

L’état du peuplement des mammifères normands et sa diversité sont de bons indicateurs quant à l’état de conservation des milieux naturels régionaux, notamment agricoles, bocagers et forestiers. En effet, certaines de ces espèces sont très exigeantes et ne fréquentent que des habitats très spécifiques et localisés alors que d’autres auront des domaines vitaux très vastes au sein desquels elles devront pouvoir trouver refuge et nourriture. Ainsi, compte tenu de ces spécificités, une diminution locale du nombre d’espèces va généralement être révélatrice d’une dégradation et/ou d’une fragmentation des milieux, ne permettant qu’aux espèces généralistes et opportunistes de survivre.

Notons cependant que la réelle nécessité d’une actualisation régulière de ces indicateurs se confronte à l’indispensable maintien (voire augmentation) de la pression d’observation des naturalistes normands. De plus, malgré le travail d’ores et déjà réalisé, une plus grande harmonisation des protocoles de recueil de données permettrait une analyse plus fine des résultats obtenus et ainsi, une meilleurs vision de l’état des populations de mammifères en Normandie et, par extension, de la qualité des milieux naturels qu’ils fréquentent.

Pour en savoir plus, téléchargez la fiche complète de notre collection l’état des lieux des connaissances naturalistes régionales consacrée aux mammifères terrestres.

Groupe Mammalogique Normand
GMN