Rhopalocères

Rhopalocères

Avec 253 espèces recensées en France métropolitaine, les rhopalocères représentent environ 5% des espèces de papillons actuellement inventoriées sur le territoire national. Ils constituent cependant le groupe de papillons le plus étudié. Cette particularité fait que ce groupe d’insectes est le mieux connu au regard du nombre d’espèces qu’il contient.

Les papillons de jour : qui sont-ils et quels sont leurs rôles écologiques ?

Les « papillons de jour », également appelés rhopalocères, correspondent à une partie des espèces de papillons principalement actifs au cours de la journée. Ce groupe d’espèces s’oppose à celui des « papillons de nuit » dont l’activité est essentiellement nocturne.


Notons que cette distinction traditionnelle ne correspond pas pleinement à une réalité scientifique. En effet, de nombreuses espèces de « papillons de nuit » sont fréquemment observées… en plein jour. C’est notamment le cas de nombreuses espèces de zygènes.

Comme beaucoup d’insectes, les papillons jouent un rôle essentiel au sein des écosystèmes pour plusieurs raisons :

  • Ils sont à la base de nombreuses chaînes alimentaires : les chenilles ou les papillons adultes constituent une ressource importante pour de nombreuses espèces d’oiseaux, de chauve-souris mais également pour d’autres insectes prédateurs ou parasites ;
  • Ils assurent également un rôle de pollinisation déterminant, grâce au transport de pollen de fleur en fleur. Ils contribuent ainsi directement à la reproduction de très nombreuses plantes. Ils ont donc un rôle dans le maintien de la diversité végétale de nombreux milieux dits « naturels » y compris de certains milieux agricoles.
Les zygènes : des papillons de nuit… actifs le jour !

Une grande diversité de papillons en Normandie

Combien d’espèces de papillons ont été observées en Normandie au cours des 30 dernières années ?

En l’état actuel des connaissances, l’analyse des données permet d’indiquer que 94 espèces de papillons de jour ont été observées en Normandie depuis 1990, soit environ 37 % des espèces qui peuvent être observées en France.

Parmi ces 94 espèces 4 sont nouvellement présentes dans notre région depuis le début des années 1990. Il s’agit :

  • soit d’espèces exotiques qui ont été introduites et qui semblent s’acclimater au climat normand (ex : Brun des pélargoniums) ;
  • soit d’espèces migratrices qui sont observées de manière occasionnelle et qui ne parviennent pas à s’installer durablement en Normandie (ex : Azuré de la luzerne) ;
  • soit d’espèces méridionales dont les aires de répartition sont en progression vers le nord et l’ouest de notre région (ex : Nacré de la ronce, Azuré de la faucille).

Notons toutefois que la situation globale des papillons se dégrade. En effet, 7 espèces initialement présentes en Normandie n’ont pas été revues au cours des 30 dernières années dans notre région. C’est le cas du Nacré de la canneberge qui est une espèce liée aux milieux tourbeux frais et humide. Ce papillon était observé en Normandie jusqu’en 2002 date depuis laquelle aucun individu n’a été recensé sur le territoire régional. Cette espèce a donc vraisemblablement disparue de Normandie !

Avertissement : dans certains secteurs, la faible richesse spécifique peut être en réalité le reflet d’une sous prospection (cf. la carte “pression d’inventaire”).

Des spécificités départementales

En l’état actuel des connaissances, le nombre moyen d’espèces de papillons de jours qui sont inventoriés dans chaque commune de Normandie est de 15. Il varie toutefois en fonction des départements entre 9 et 21 espèces.

L’analyse des données disponibles révèle que le nombre d’espèces semble plus important à l’Est qu’à l’Ouest de la Normandie. Ainsi, certains secteurs de l’Est de la région, comme les vallées de l’Eure et de la Seine, peuvent accueillir 40 à 50 espèces différentes alors que dans l’Ouest de la région, rares sont les secteurs qui dépassent les 25 espèces.

* Ce graphique ne concerne que les communes qui possèdent au moins une donnée (soit 61% des communes normandes).
  • Parmi les cinq départements de Normandie, l’Orne présente la diversité de papillons la plus importante avec 84 espèces et environ 21 espèces différentes observées par communes. Ceci s’explique à la fois par l’existence d’une grande diversité d’habitats naturels mais également par la réalisation, au cours des dernières années d’un atlas départemental sous l’égide de l’Association Faune et Flore de l’Orne. Il s’agit également du département qui présente le plus grand nombre d’espèces liées aux milieux humides et des milieux forestiers.
  • Les départements de la Seine-Maritime et de l’Eure accueillent tous les deux 77 espèces différentes avec respectivement 15 et 16 espèces observées en moyenne par commune. Cette diversité s’explique en grande partie par la présence de milieux chauds et secs au niveau des vallées de la Seine et de l’Eure. En revanche, ces deux départements n’hébergent pratiquement plus d’espèces typiques des milieux humides. En effet, la plupart des espèces caractéristiques des zones humides semblent avoir disparu au cours de la seconde moitié du XXe siècle.
  • Le Calvados présente pour sa part 72 espèces différentes sur son territoire avec en moyenne environ 10 espèces différentes par communes. Cette diversité étant issue en majorité de suivis réalisés sur des zones remarquables comme la Réserve Naturelle Nationale du coteau de Mesnil-Soleil.
  • Enfin le département de la Manche héberge actuellement 65 espèces avec une moyenne de 9 espèces par communes. Cette diversité plus faible résulte à la fois d’une prospection plus limitée et d’une moindre présence de milieux thermophiles (c’est-à-dire chauds et secs) et de milieux boisés.
Ainsi, en étant attentif, chaque normand peut observer une grande diversité de papillons de jours dans sa commune.

Des secteurs à enjeux

A ce jour, ce sont 46 espèces qui sont définies comme « à enjeux » au niveau de la région. Il s’agit essentiellement d’espèces qui sont liées à des habitats très localisés, comme certaines zones humides et parfois rares, comme les pelouses sableuses ou calcaires.

En Normandie, plusieurs secteurs concentrent la majorité des espèces à enjeux, il s’agit :

  • Des vallées de l’Eure et de la Seine qui concentrent de nombreuses pelouses calcaires ;
  • De l’Est du département de la Seine-Maritime au niveau du Pays de Bray et de la vallée de l’Yères ;
  • De la Réserve Naturelle Nationale du Mesnil-Soleil dans le Calvados qui est un site d’importance à l’échelle départementale ;
  • Des secteurs dunaires de l’ouest de la Manche ainsi que les landes de Lessay qui abritent plusieurs espèces menacées ;
  • Pour l’Orne, la situation est plus homogène avec la présence fréquente de quelques espèces patrimoniales notamment au niveau de secteurs humides, bocagers voire forestier.

Afin d’évaluer le degré de menace sur les espèces présentes en Normandie, il est prévu de lancer la démarche d’élaboration d’une liste rouge régionale des rhopalocères dans les mois à venir.

La présence d’espèces méridionales en Normandie : un signe du changement climatique ?

Toutes les espèces de papillons n’ont pas les mêmes exigences écologiques. Ainsi, certains papillons vont préférer les milieux frais et ombragés tandis que d’autres ne vont coloniser que des milieux plutôt chauds et secs. Il s’agit alors, dans ce second cas, d’espèces dites « d’affinités méridionales ». Elles sont, à ce jour, au nombre de 18 en Normandie.


On les trouve très majoritairement dans le sud-est de la région au niveau des milieux chauds et ensoleillés, tels que les vallées de l’Eure et de la Seine, les milieux prairiaux du sud de l’Orne, les pelouses calcicoles de la plaine de Caen-Falaise ou bien, dans une moindre mesure, au niveau du Pays d’Auge et du littoral du Cotentin.
Au cours des trente dernières années, le nombre d’observations et la concentration de ces espèces se sont nettement densifiés notamment dans la vallée de la Seine. Certaines espèces, comme le Nacré de la ronce, commencent même à coloniser doucement le territoire régional. D’autres, comme l’Azuré porte-queue, qui sont des espèces migratrices, sont observées de plus en plus souvent.


En Normandie, on observe d’ailleurs depuis plusieurs années une intensification des phénomènes de migration pour plusieurs espèces.

L’azuré porte-queue
10 fois plus

d’observations de l’azuré porte queue au cours des 20 dernières années qu’au cours du siècle dernier

L’azuré porte-queue est une espèce migratrice connue pour sa faculté à parcourir de grandes distances. Elle est assez répandue dans le sud de la France et le Nord de l’Afrique. Elle peut toutefois être observée dans les régions au Nord de la Loire lors des étés chauds et secs. Cette espèce est donc considérée comme « migratrice exceptionnelle » dans notre région.

Cette espèce, citée en Normandie depuis le début du XXe siècle, a été mentionnée dans notre région à une dizaine de reprise jusqu’en 1999. A partir des années 2000, la fréquence de migration de cette espèce s’est intensifiée. L’Azuré porte-queue a ainsi été observé en Normandie lors des 12 des 15 années de la période 2003-2018, avec des pics d’observations lors des années chaudes comme 2003, 2006, 2013 et 2015.

Cependant, à ce jour, aucune preuve ne nous permet d’affirmer que l’Azuré porte-queue est capable de se reproduire et de survivre à l’hiver normand. Toutefois, les observations de plus en plus régulières et le nombres d’individus de plus en plus important nous conduisent à penser que l’implantation de populations pérennes deviendra effective dans les années à venir.

Pression de prospection régionale

A l’échelle de la Normandie, certains secteurs comme l’Est du Calvados, l’Ouest de l’Eure, le Nord du Cotentin ou bien encore le Pays de Caux sont très largement sous prospectés. A l’inverse, d’autre zones sont mieux connues à l’image du département de l’Orne ou de la vallée de Seine, par exemple.


A ce jour, environ 39 % des communes de la région ne possèdent aucune donnée de papillons de jour.
Ce pourcentage est très variable entre les cinq départements normands. En effet, seul 1 % des communes de l’Orne n’ont aucune donnée alors que pour les départements de l’Eure, du Calvados et de la Manche c’est environ 1 commune sur 2 qui n’a aucune donnée, et près d’1/3 pour la Seine Maritime.

En Normandie, le niveau de connaissance sur les espèces de papillons est très dépendant de l’intensité de prospection, qui est elle-même très souvent influencée par plusieurs facteurs tels que :

  • Les lieux de résidence des principaux observateurs, pouvant expliquer l’existence de certains points qui concentrent un grand nombre de données ;
  • Les projets d’atlas locaux à l’image de celui réalisé dans le département de l’Orne qui a permis de recueillir, grâce à un important travail de bénévoles des données sur la quasi-totalité des communes du département (seulement 4 communes restent dépourvues de données) ;
  • L’existence d’associations entomologiques actives sur certains secteurs dont les membres vont faire remonter leurs observations parfois même en milieux urbains denses comme à Rouen, Caen ou à Elbeuf par exemple ;
  • La présence de sites naturels remarquables qui vont faire l’objet de suivis et de recensements spécifiques par les structures qui assurent la gestion de ces zones naturelles d’intérêt (ex : les réserves naturelles ou bien les espaces naturels sensibles gérés par les départements).
Bilan
L’état actuel des connaissances nous permet donc de dresser une situation assez contrastée pour les papillons de jour en Normandie. En effet, les connaissances ne sont pas homogènes sur l’ensemble du territoire régional : la partie est de la région, et plus particulièrement la Vallée de Seine, héberge la plus grande richesse en nombre d’espèce tandis qu’à l’ouest, le nombre d’espèces est moindre. L’effort d’acquisition des connaissances doit donc encore largement se poursuivre, notamment au niveau des départements de la Manche et du Calvados car, à l’échelle régionale, seul le département de l’Orne possède un niveau de connaissance globalement homogène et satisfaisant. Les premiers chiffres issus des données collectées indiquent que les dernières décennies ont vu plus de papillons disparaitre que coloniser la région. Pour confirmer cela, un important travail va être lancé dans les mois à venir pour connaitre, grâce à l’élaboration d’une liste rouge régionale, le degré de menace qui pèse sur chacune des espèces de papillons présentes en Normandie.

Pour en savoir plus, téléchargez la fiche complète de notre collection l’état des lieux des connaissances naturalistes régionales consacrée aux papillons de jours normands

Loïc CHEREAU
Chargé de mission Antenne Normandie
Adrien SIMON
Chargé de projets faune