Les Amphibiens de Normandie

Les amphibiens (grenouilles, crapauds, tritons et salamandres) sont considĂ©rĂ©s comme de prĂ©cieux indicateurs de la qualitĂ© des milieux naturels, notamment aquatiques. Ceci, d’une part en raison de leur mode de vie qui nĂ©cessite une eau de bonne qualitĂ© et d’autre part, du fait de leur faible capacitĂ© de dĂ©placement qui les rend trĂšs sensibles aux changements climatiques et Ă  la fragmentation des milieux.

Richesse spécifique et niveau de rareté

En France, 35 espĂšces d’amphibiens sont prĂ©sentes, parmi lesquelles 8 sont menacĂ©es d’extinction et 12 sont quasi menacĂ©es.

La moitiĂ© des espĂšces prĂ©sente donc un niveau de menace Ă  l’échelle nationale, comme l'indique la liste rouge nationale des amphibiens menacĂ©s (En Normandie, l’élaboration d’une liste rouge rĂ©gionale est prĂ©vue dans le courant de l’annĂ©e 2021).

En Normandie, 18 espÚces sont actuellement recensées parmi lesquelles il faut distinguer une espÚce, la Grenouille rieuse, qui a été introduite sur le territoire normand.

A ce jour, l’analyse des donnĂ©es disponibles au niveau rĂ©gional a permis Ă  l’OBHEN, structure de rĂ©fĂ©rence sur cette thĂ©matique, pilotĂ©e par l'URCPIE de Normandie, de dĂ©finir que 29 % des espĂšces prĂ©sentes en Normandie sont assez rares Ă  trĂšs rares. Cela reprĂ©sente 5 espĂšces : le PĂ©lodyte ponctuĂ©, le Triton crĂȘtĂ©, le Triton marbrĂ©, l’Alyte accoucheur et le Crapaud calamite.

Une espĂšce est mĂȘme considĂ©rĂ©e comme extrĂȘmement rare puisqu’elle est localisĂ©e dans une seule commune du dĂ©partement de l’Eure : il s’agit du Sonneur Ă  ventre jaune, espĂšce pour laquelle un programme conservatoire est mis en place en Normandie.

Retrouvez, sur ce lien, le descriptif de chaque espĂšce.

Le trĂšs rare Sonneur Ă  ventre jaune (Photo : R. Pavisse).

Répartition des amphibiens normands selon leur rareté.

Depuis avril 2020, l'ANBDD publie, chaque semaine, une infographie destinée aux réseaux sociaux. Ainsi, le Biodiv'Hebdo reprend une information issue des acteurs de la connaissance naturaliste en Normandie pour la diffuser auprÚs d'un large public.

Ces analyses ont également permis de faire ressortir des spécificités départementales :

A cette Ă©chelle, 9 des 17 espĂšces normandes prĂ©sentent un statut de raretĂ©. L’Eure est le seul dĂ©partement qui hĂ©berge trois espĂšces trĂšs rares ; Le Calvados et l’Orne en hĂ©bergent deux et la Seine-Maritime n’en hĂ©berge qu’une. La Manche, quant Ă  elle, ne prĂ©sente aucune espĂšce trĂšs rare. Elle prĂ©sente toutefois le plus grand nombre d’espĂšces rares des 5 dĂ©partements normands.

Au vu des donnĂ©es disponibles Ă  ce jour, deux secteurs de Normandie semblent hĂ©berger un nombre trĂšs important d’espĂšces : le littoral occidental de la Manche et la vallĂ©e de Seine. Trois autres secteurs ressortent Ă©galement : le bocage ornais, le nord du Pays d’Auge et le Pays de Bray.

Les secteurs de champs ouverts semblent les plus pauvres (Pays de Caux, plateau du Neubourg, plaine de Saint-André).

Quelles Ă©volutions pour les amphibiens en Normandie ?

Au niveau rĂ©gional, l’analyse des donnĂ©es disponibles montre que les aires de rĂ©partition des espĂšces Ă©voluent au cours du temps. Pour certaines elles rĂ©gressent, tandis que pour d’autres, elles augmentent. Ainsi, 50 % des espĂšces normandes (soit 9 espĂšces) ont connu une rĂ©gression importante de leur aire de rĂ©partition entre 1900 et 1998.

Parmi elles, une espĂšce a complĂštement disparue du territoire normand : le PĂ©lobate brun. Et quatre espĂšces ont connu une rĂ©gression extrĂȘme Ă  forte : le Sonneur Ă  ventre jaune, le PĂ©lodyte ponctuĂ©, le Crapaud calamite et le Triton crĂȘtĂ©.

Il s’agit principalement d’espĂšces qualifiĂ©es de pionniĂšres, spĂ©cifiques des milieux instables comme, par exemple, des bras morts de riviĂšres ou des hauts-fonds. La disparition de ces milieux est due Ă  d’importantes pressions : artificialisation des fonds de vallĂ©es, dĂ©clin du nombre de prairies liĂ© aux changement de pratiques agricoles, etc., ce qui provoque la rarĂ©faction des espĂšces qui y vivent.

En Normandie, deux dĂ©partements sont particuliĂšrement touchĂ©s par la disparition d’espĂšces. Il s’agit de l’Eure et de la Seine-Maritime sans pour autant que les 3 autres dĂ©partements normands ne soient Ă©pargnĂ©s.

NĂ©anmoins, certaines espĂšces, certes moins nombreuses, prĂ©sentent une expansion de leur aire de rĂ©partition. Il s’agit, par exemple de la Rainette verte et de la Grenouille agile.

Outre ces Ă©volutions gĂ©ographiques, nous pouvons mesurer la dynamique des populations sur l’ensemble du territoire rĂ©gional, ceci grĂące Ă  la rĂ©alisation, depuis 2007, de suivis scientifiques par l’OBHEN.

Les rĂ©sultats de ces suivis permettent d’affirmer qu’à ce jour, 21 % des populations d’amphibiens ont disparues en Normandie au cours des 10 derniĂšres annĂ©es.

Ces résultats montrent également que certaines espÚces, devenues trÚs rares, comme le Pélodyte ponctué ou le Crapaud calamite, présentent une stabilisation de leurs effectifs car, à ce jour, la plupart des populations de ces espÚces se trouvent dans des espaces naturels protégés.

D’autres espĂšces prĂ©sentent des diminutions d’effectifs alarmantes de plus de 50%. C’est le cas du triton ponctuĂ© et de la grenouille rousse.

Enfin, l’évolution de certaines espĂšces semble ĂȘtre impactĂ©e par les changements climatiques en cours. En effet, des espĂšces d’affinitĂ© septentrionales-orientales (prĂ©sentes plus frĂ©quemment au Nord-Est de la France) semblent plus fragiles que celles d’affinitĂ©s mĂ©ridionales-occidentales (c’est-Ă -dire du Sud-Ouest de la France).

Exemple : les populations de tritons ponctuĂ©s (espĂšce d’affinitĂ© septentrionales-orientales) diminuent de 58% tandis que celles de la grenouille agile (d’affinitĂ©s mĂ©ridionales-occidentales) augmentent de 45%.

Les données de cette page sont issues du programme scientifique national POP Amphibiens.

Le PĂ©lobate brun a probablement complĂštement disparu de Normandie (Photo : J.P. Vacher).

La Rainette verte (Photo : B. Brécin).

La Grenouille agile (Photo : B. Brécin).

Comment aller plus loin ?

A ce jour, l’état des connaissances sur les amphibiens est globalement satisfaisant Ă  l’échelle de notre rĂ©gion. Toutefois, il est important qu’il soit actualisĂ© de façon rĂ©guliĂšre pour ne pas surestimer la rĂ©gression des populations. Certains secteurs doivent Ă©galement faire l’objet d’une attention particuliĂšre car ils restent, Ă  ce jour, peu voire mal connus. L’acquisition de connaissance sur ces secteurs semble donc prioritaire.

Le dĂ©clin des amphibiens est multifactoriel : artificialisation des espaces naturels et agricoles, intensification des pratiques agricoles, changements climatiques, introduction d’espĂšces exotiques envahissantes, etc.

Mais il est possible d’agir pour enrayer cette tendance, Ă  diffĂ©rents niveaux, pour leur venir en aide :

  • CrĂ©er et dĂ©velopper des secteurs protĂ©gĂ©s pour permettre aux populations de se dĂ©velopper sans ĂȘtre soumises Ă  de nombreuses pressions.
  • Restaurer ou crĂ©er des habitats favorables Ă  l’accueil des amphibiens (par exemple par la crĂ©ation de petites mares).
  • Participer Ă  des programmes de sciences participatives pour aider les naturalistes Ă  inventorier les espĂšces (exemple en Normandie).
  • Limiter au maximum la rĂ©gression et la dĂ©gradation des zones humides et du bocage.

Pression d'inventaire : les zones blanches et bleues claires sont peu prospectées et nécessiteraient des inventaires pour une acquisition de connaissance plus exhaustive.

CÎté réglementation

Il est primordial de rappeler que toutes les espĂšces d’amphibiens sont protĂ©gĂ©es (arrĂȘtĂ© du 19 novembre 2007). Il est donc strictement interdit de las capturer et de les dĂ©truire. Certaines espĂšces bĂ©nĂ©ficient en plus de la protection de leurs habitats. Il s’agit des espĂšces suivantes : Triton crĂȘtĂ©, le Triton marbrĂ©, l’Alyte accoucheur, le Sonneur Ă  ventre jaune, le Crapaud calamite, la Rainette verte, la Grenouille agile et la Grenouille de Lessona.

A noter, deux exceptions : la Grenouille verte et la Grenouille rousse peuvent ĂȘtre pĂȘchĂ©es, sous certaines conditions.


Pour en savoir plus, téléchargez la fiche complÚte de notre collection l'état des lieux des connaissances naturalistes régionales consacrée aux amphibiens.

Amphibiens.pdf

Contact : obn@anbdd.fr

Photo d'en-tĂȘte de dossier : Brad Carlson