Etat des peuplements des papillons de jour en Normandie

Les papillons de jour : qui sont-ils et quels sont leurs rĂŽles Ă©cologiques ?

Les « papillons de jour », Ă©galement appelĂ©s rhopalocĂšres, correspondent Ă  une partie des espĂšces de papillons principalement actifs au cours de la journĂ©e. A ce jour, ils forment le groupe de papillons le plus Ă©tudiĂ© et le mieux connu alors qu’ils ne reprĂ©sentent qu'environ un dixiĂšme des espĂšces de papillons connues Ă  ce jour.

Ce groupe d’espĂšces s’opposent au groupe des « papillons de nuit » qui prĂ©sentent, quant Ă  eux, essentiellement une activitĂ© nocturne.

Notons toutefois que cette distinction traditionnelle ne correspond pas pleinement à une réalité scientifique. En effet, quelques espÚces de « papillons de jour » peuvent avoir une activité nocturne tandis que de nombreuses espÚces de « papillons de nuit » sont fréquemment observées... en plein jour.

Comme beaucoup d’insectes, les papillons jouent un rĂŽle essentiel au sein des Ă©cosystĂšmes et ceci pour plusieurs raisons :

  • Ils sont Ă  la base de nombreuses chaines alimentaires : les chenilles ou les papillons adultes constituent une ressource alimentaire importante pour de nombreuses espĂšces d’oiseaux, de chauve-souris mais Ă©galement pour d’autres insectes prĂ©dateurs ou parasites.

  • Ils assurent Ă©galement un rĂŽle de pollinisation dĂ©terminant, grĂące au transport de pollen de fleur en fleur. Ils contribuent donc directement Ă  la survie des vĂ©gĂ©taux. Ils ont donc un rĂŽle dans le maintien de la diversitĂ© vĂ©gĂ©tale de nombreux milieux dits « naturels » y compris de certains milieux agricoles.

Une grande diversité de papillons en Normandie

A ce jour, la base de donnĂ©es qui a pu ĂȘtre constituĂ©e pas le Conservatoire d’Espaces Naturels de Normandie et par le GRETIA est composĂ©e de plus de 75 000 donnĂ©es recueillies en majoritĂ© depuis le dĂ©but des annĂ©es 1990.

Combien d’espĂšces de papillons ont Ă©tĂ© observĂ©es en Normandie au cours des 30 derniĂšres annĂ©es ?

En l’état actuel des connaissances, l’analyse des donnĂ©es permet d’indiquer que 94 espĂšces de papillons ont Ă©tĂ© observĂ©es en Normandie depuis 1990, soit environ 40% des espĂšces qui peuvent ĂȘtre observĂ©es en France.

Parmi ces 94 espĂšces 4 sont nouvellement prĂ©sentes dans notre rĂ©gion depuis le dĂ©but des annĂ©es 1990. Il s’agit soit d’espĂšces exotiques qui ont Ă©tĂ© introduites et qui semblent s’acclimater au climat normand (ex : Brun des pĂ©largoniums) soit d’espĂšces migratrices qui ne sont observĂ©es que trĂšs occasionnellement (ex : AzurĂ© de la luzerne) ou bien encore d’espĂšces mĂ©ridionales qui sont en progression vers le Nord (ex : NacrĂ© de la ronce, AzurĂ© de la faucille).

Notons toutefois que la situation globale des papillons se dĂ©grade. En effet, 7 espĂšces initialement prĂ©sentes en Normandie n’ont pas Ă©tĂ© revues au cours des 30 derniĂšres annĂ©es dans notre rĂ©gion.

Avertissement : dans certains secteurs, la faible richesse spĂ©cifique peut ĂȘtre en rĂ©alitĂ© le reflet d'une sous prospection (cf. la carte "pression d'inventaire").

Des spécificités départementales

L’analyse des donnĂ©es disponibles rĂ©vĂšle que le nombre d’espĂšces semble plus important Ă  l’Est qu’à l’Ouest de la Normandie. Ainsi, certains secteurs de l’Est de la rĂ©gion, comme les vallĂ©es de l’Eure et de la Seine, peuvent prĂ©senter 40 Ă  50 espĂšces diffĂ©rentes alors que dans l’Ouest de la rĂ©gion, rares sont les secteurs qui dĂ©passent les 20 Ă  30 espĂšces diffĂ©rentes.

Parmi les cinq dĂ©partements de Normandie, l’Orne prĂ©sente la diversitĂ© de papillons la plus importante avec 84 espĂšces et environ 21 espĂšces diffĂ©rentes observĂ©es par communes. Ceci s’explique Ă  la fois par l’existence d’une grande diversitĂ© d’habitats naturels mais Ă©galement par la rĂ©alisation, au cours des derniĂšres annĂ©es d’un atlas dĂ©partemental. Il s'agit Ă©galement du dĂ©partement qui prĂ©sente le plus grand nombre d’espĂšces liĂ©es aux milieux humides et des milieux forestiers.

Les DĂ©partements de la Seine-Maritime et de l’Eure accueillent tous les deux 77 espĂšces diffĂ©rentes avec respectivement environ 15 et 16 espĂšces diffĂ©rentes observĂ©es en moyenne par communes. Cette diversitĂ© s’explique en grande partie par la prĂ©sence de milieux chauds et secs au niveau de vallĂ©es de la Seine et de l’Eure. Ces deux dĂ©partements ne prĂ©sentent en revanche que trĂšs peu d’espĂšces typiques des milieux humides.

Le Calvados présente pour sa part 72 espÚces différentes sur son territoire avec en moyenne environ 10 espÚces différentes par communes. Cette diversité étant issue en majorité de suivis réalisés sur des zones remarquables comme la Réserve Naturelle Nationale du coteau de Mesnil-Soleil.

Enfin le dĂ©partement de la Manche prĂ©sente la diversitĂ© la plus faible avec 65 espĂšces diffĂ©rentes et en moyenne 9 espĂšces par communes. Cette faible diversitĂ© rĂ©sultĂ© Ă  la fois d’une faible prospection et d’une faible prĂ©sence de milieux thermophiles (c’est-Ă -dire chauds et secs) et de milieux boisĂ©s.

Des secteurs Ă  enjeux

A ce jour, ce sont 46 espĂšces qui sont dĂ©finies comme « Ă  enjeux » au niveau de la rĂ©gion. Il s’agit essentiellement d’espĂšces qui sont liĂ©es Ă  des habitats rares comme les zones humides, les pelouses sableuses ou calcaires.

En Normandie, plusieurs secteurs concentrent la majoritĂ© des espĂšces Ă  enjeux, il s’agit :

  • Dans le dĂ©partement de l’Eure des secteurs de pelouses calcaires trĂšs prĂ©sentes dans ce dĂ©partement au niveau des vallĂ©es de l’Eure et de la Seine ;

  • En Seine-Maritime de la pĂ©riphĂ©rie de Rouen et de l’Est du dĂ©partement au niveau du Pays de Bray et de la vallĂ©e de l’YĂšres ;

  • Dans le calvados, le secteur de la RĂ©serve Naturelle Nationale du Mesnil-Soleil fait figure de site d’importance Ă  l’échelle dĂ©partementale ;

  • Pour l’Orne, la situation est plus homogĂšne avec la prĂ©sence frĂ©quente de quelques espĂšces patrimoniales notamment au niveau de secteurs humides ou bocagers ;

  • Dans la Manche les secteurs dunaires de l’ouest du Cotentin ainsi que les landes de Lessay ressortent comme abritant plusieurs espĂšces sensibles !

Afin d’évaluer le degrĂ© de menace sur les espĂšces prĂ©sentes en Normandie, il est prĂ©vu de lancer la dĂ©marche d’élaboration d’une liste rouge rĂ©gionale des rhopalocĂšres dans les mois Ă  venir.

La prĂ©sence d’espĂšces mĂ©ridionales en Normandie : Un signe du changement climatique ?

Toutes les espĂšces de papillons n’ont pas les mĂȘmes exigences Ă©cologiques. Ainsi, certains papillons vont prĂ©fĂ©rer les milieux frais et ombragĂ©s tandis que d’autres ne vont coloniser que des milieux plutĂŽt chauds et secs. Il s’agit alors, dans ce second cas, d’espĂšces dites « d’affinitĂ©s mĂ©ridionales ». Elles sont, Ă  ce jour, au nombre de 18 en Normandie.

On les trouve trĂšs majoritairement dans le sud-est de la rĂ©gion au niveau des milieux chauds et secs, par exemple des vallĂ©es de l’Eure et de la Seine ou bien au niveau de milieux prairiaux du sud de l’Orne.

Au cours des trente derniĂšres annĂ©es, le nombre d’observations et la concentration de ces espĂšces se sont nettement densifiĂ©s notamment dans la vallĂ©e de la Seine. Certaines espĂšces, comme le nacrĂ© de la ronce, commencent mĂȘme Ă  coloniser doucement le territoire rĂ©gional. D’autres, comme l’AzurĂ© porte-queue, qui sont des espĂšces migratrices sont observĂ©es de plus en plus souvent.

A ce jour, il est encore difficile de savoir avec précision si la densification des observations de ces espÚces est liée plutÎt à un nombre plus importants de prospections ou bien si elle est liée à une réelle expansion des territoires de ces papillons. Une seule certitude : on observe depuis plusieurs années, en Normandie, une intensification des phénomÚnes de migration pour plusieurs espÚces.

L'azuré porte-queue

L’azurĂ© porte-queue est une espĂšce migratrice connue pour sa facultĂ© Ă  parcourir de grandes distances. Elle est assez rĂ©pandue dans le sud de la France et le Nord de l’Afrique mais elle peut ĂȘtre observĂ©e dans les rĂ©gions au Nord de la Loire lors des Ă©tĂ©s chauds et secs. Cette espĂšce est donc considĂ©rĂ©e comme « migratrice exceptionnelle » dans notre rĂ©gion.

La 1Ăšre observation de cette espĂšce en Normandie remonte au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle et seulement 10 observations ont Ă©tĂ© recensĂ©es jusqu’en 1999.

En revanche, depuis le dĂ©but des annĂ©es 2000, le nombre d’observations s’est intensifiĂ©. En effet, cette espĂšce a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© notĂ©e 12 fois entre 2003 et 2018 avec des pics d’observations lors des Ă©tĂ©s chauds de 2003, 2006, 2016


A ce jour, aucune preuve ne nous permet d’affirmer que l’azurĂ© porte-queue est capable de se reproduire et de survivre Ă  l’hiver normand. Toutefois, les observations de plus en plus rĂ©guliĂšres et le nombres d’individus de plus en plus important nous conduisent Ă  penser que l’implantation de populations pĂ©rennes deviendra effective dans les annĂ©es Ă  venir.

Pression de prospection régionale

A l’échelle de la Normandie, certains secteurs comme l’Est du Calvados, l’Ouest de l’Eure, le Nord du Cotentin ou bien encore le Pays de Caux sont trĂšs largement sous prospectĂ©s. A l’inverse, d’autre zones sont mieux connues Ă  l’image du dĂ©partement de l’Orne ou de la vallĂ©e de Seine, par exemple.

A ce jour, environ 39 % des communes de la région ne possÚdent aucune donnée de papillons de jour.

Ce pourcentage est trĂšs variable entre les cinq dĂ©partements normands : en effet seul 1 % des communes de l’Orne n’ont aucune donnĂ©e alors que pour les dĂ©partements de l’Eure, du Calvados et de la Manche c’est environ 1 commune sur 2 qui n’a aucune donnĂ©e, et prĂšs d’1/3 pour la Seine Maritime.

En Normandie, le niveau de connaissance sur les espĂšces de papillons est trĂšs dĂ©pendant de l’intensitĂ© de prospection, qui est elle-mĂȘme trĂšs souvent influencĂ©e par plusieurs facteurs tels que :

  • Les lieux de rĂ©sidence des principaux observateurs, pouvant expliquer l’existence de certains points qui concentrent un grand nombre de donnĂ©es ;

  • Les projets d’atlas locaux Ă  l’image de celui rĂ©alisĂ© dans le dĂ©partement de l’Orne qui a permis de recueillir, grĂące Ă  un important travail de bĂ©nĂ©voles des donnĂ©es sur la quasi-totalitĂ© des communes du dĂ©partement (seulement 4 communes restent dĂ©pourvues de donnĂ©es) ;

  • L’existence d’associations entomologiques actives sur certains secteurs dont les membres vont faire remonter leurs observations parfois mĂȘme en milieux urbains denses comme Ă  Rouen, Caen ou Ă  Elbeuf par exemple ;

  • La prĂ©sence de sites naturels remarquables qui vont faire l’objet de suivis et de recensements spĂ©cifiques par les structures qui assurent la gestion de ces zones naturelles d’intĂ©rĂȘt (ex : les rĂ©serves naturelles ou bien les espaces naturels sensibles gĂ©rĂ©s par les dĂ©partements).

Bilan

L’état actuel des connaissances nous permet donc de dresser une situation assez contrastĂ©e pour les papillons de jour en Normandie.

En effet, les connaissances ne sont pas homogĂšnes sur l’ensemble du territoire rĂ©gional : la partie Est de la rĂ©gion, et plus particuliĂšrement la VallĂ©e de Seine, hĂ©berge la plus grande richesse en nombre d’espĂšce tandis qu’à l’ouest de la rĂ©gion, le nombre d’espĂšces est moindre. Cette mĂȘme divergence Est/Ouest vaut Ă©galement pour la rĂ©partition du nombre d’espĂšces patrimoniales.

L’effort d’acquisition des connaissances doit donc encore largement se poursuivre, notamment au niveau des dĂ©partements de la Manche et du Calvados car, Ă  l’échelle rĂ©gionale, seul le dĂ©partement de l’Orne possĂšde un niveau de connaissance globalement homogĂšne et satisfaisant.

Les premiers chiffres issus des donnĂ©es collectĂ©es indiquent que les derniĂšres dĂ©cennies ont vu plus de papillons disparaitre que coloniser la rĂ©gion. Pour confirmer cela, un important travail va ĂȘtre lancĂ© dans les mois Ă  venir pour connaitre, grĂące Ă  l’élaboration d’une liste rouge rĂ©gionale, le degrĂ© de menace qui pĂšse sur chacune des espĂšces de papillons prĂ©sentes en Normandie.



Pour en savoir plus, téléchargez la fiche complÚte de notre collection l'état des lieux des connaissances naturalistes régionales consacrée aux rhopalocÚres en Normandie.

Rhopaloceres.pdf
Contact : obn@anbdd.fr