Depuis plusieurs décennies, l’artificialisation des sols, des cours d’eau et des estrans s’est intensifiée sur le littoral, principalement en raison d’une urbanisation importante. Les littoraux, zones de contact entre terre et mer, sont des espaces densément peuplés et convoités. Cependant, l’artificialisation des sols littoraux a de nombreuses conséquences : perte de biodiversité, destruction des puits naturels de carbone, perturbation des cycles hydrologiques, épuisement des ressources naturelles, travaux émetteurs de carbone, rejet de déchets et pollutions diverses… En alimentant les dérèglements climatiques, l’artificialisation du littoral peut contribuer à augmenter la fréquence et l’intensité des dommages causés par les phénomènes d’érosion, de submersion et d’inondation.
Chiffres clés
hectares d’espaces naturels, agricoles ou forestiers consommés par les espaces urbanisés en moyenne chaque année sur les communes littorales normandes entre 2009 et 2023
État des lieux de l’artificialisation du littoral en Normandie
En 2021, les communes littorales de Normandie fortes de 593 438 habitants représentaient 14 % de la population de la région, et 8 % du territoire. Cette densité de 236 habitants/km2 est plus de 2 fois supérieur à la moyenne régionale.


Les communes littorales de Normandie ont une tendance générale à perdre des habitants, toutes catégories confondues. Par exemple, les 8 communes littorales normandes de plus de 10 000 habitants (soit 4,2 % des communes littorales normandes et 56,4 % de la population) ont, pour 6 d’entre elles, perdu des habitants. Plus précisément, cela représente un cumul global de 12 912 habitants perdus, les habitants gagnés par les 2 autres communes n’étant pas suffisants pour inverser la tendance.
En Normandie, les terres agricoles dominent l’occupation des sol des communes littorales, représentant 64 % de la surface. Ce chiffre est particulièrement élevé dans la Manche, où elles atteignent 66 %, ce qui en fait le département avec la partie littorale la plus agricole de la région. Les forêts et milieux semi-naturels couvrent 14 % de la surface des communes littorales normandes. Les territoires artificialisés représentent 16 % de la surface des communes littorales en Normandie. Ce taux est plus élevé dans la Seine-Maritime, où il atteint presque 24 %.
En s’intéressant non plus aux communes littorales, mais à une bande de 10 km de la limite terre-mer, on retrouve 113 300 hectares de surfaces artificialisées sur les terres à moins de 10 km du bord de mer, soit 14 % de la surface totale de cette bande, dont 18 300 hectares sur les 500 premiers mètres, soit 28 % de la surface totale de cette bande de 500 m en 2022.

En 2017, le littoral normand présentait 1 294 ouvrages. 63 % de ces ouvrages sont des ouvrages de protection, que ce soient des ouvrages de lutte contre l’érosion ou des ouvrages se substituant au trait de côte.
Parmi ces ouvrages littoraux, 38 % sont d’orientation transversale (493 ouvrages, 26,5 km) et 62 % d’orientation longitudinale (801 ouvrages, 157,7 km) par rapport au trait de côte.

Évolution et dynamique de la consommation d’espaces naturels, agricoles ou forestiers par les espaces urbanisés sur le littoral en Normandie
Depuis le milieu du XXe siècle, un mouvement marqué de concentration des populations sur les littoraux est observé. À cette époque, les zones côtières connaissent une croissance démographique importante, alimentée par l’attrait des activités économiques liées à la mer, le développement du tourisme balnéaire et la recherche d’un cadre de vie agréable. Cette tendance s’est encore renforcée au cours des trente dernières années, avec une augmentation soutenue de l’urbanisation littorale. Entre 2009 et 2023, les communes littorales de Normandie ont connu une consommation moyenne d’espaces de 222 hectares par an.
Avec ce rythme de consommation d’espaces, les communes littorales de Normandie se placent au deuxième rang parmi les régions littorales de France métropolitaine qui consomment le plus d’espaces.

Source : Fichiers fonciers du Cerema, 2009-2024, actualisé en 2025. Réalisation : Agence Normande de la Biodiversité et du Développement Durable, 2025
De 2009 à 2023, la consommation d’espaces naturels, agricoles ou forestiers en Normandie a concerné, dans 67 % des cas, des surfaces destinées à l’habitat, dans 27,5 % à l’activité, dans 3,2 % à une destination inconnue et dans 2,1 % à des surfaces à usage mixte. En comparaison, la France littorale consomme de l’espace dans ses communes dans 66,5 % des cas pour l’habitat, 28,1 % pour l’activité, 3,2 % pour un usage inconnu et 2,2 % pour un usage mixte, soit des destinations relativement semblables.
L’analyse de l’évolution des ménages et des emplois par rapport à la consommation d’espaces sur le littoral normand révèle des disparités importantes dans l’efficacité de cette transformation. 36,8 % des communes littorales, soit 70 communes sur les 190 communes littorales normandes, continuent de consommer des espaces naturels, agricoles ou forestiers tout en poursuivant une baisse du nombre de ménages et d’emplois. En France littorale, ce chiffre est de 23,7 %.
Artificialisation du littoral et zones sensibles
L’artificialisation du littoral pose des défis supplémentaires lorsqu’elle concerne des espaces dits sensibles, tels que les zones à risque d’érosion côtière, de submersion marine ou encore des espaces naturels et des aires marines protégées. Dans ces zones, qui ont pu être historiquement artificialisées, les risques et menaces sont amplifiés avec les effets du changement climatique, tant pour les constructions et investissements fonciers que pour les écosystèmes fragiles du littoral.
Le SRADDET a posé les deux principes de ne pas augmenter la vulnérabilité des biens à l’horizon 2050 et de préserver la qualité du littoral notamment de ses milieux naturels : une vigilance particulière est ainsi de mise pour surveiller l’évolution de l’artificialisation dans ces espaces sensibles.

Les zones submersibles sont potentiellement vulnérables aux risques d’inondation, de submersion ou de remontée de nappes qui s’accroissent au fil du temps pour les populations et les infrastructures côtières. Les 190 communes littorales de Normandie possèdent des territoires concernés par les ZPNM (Zone Potentiellement sous le Niveau Marin).
En Normandie, 39,5 % des communes littorales sont concernées par au moins une aire protégée, contre 45,6 % sur tout le littoral métropolitain. Parmi ces 39,5 %, seules 3,5 % relèvent d’une zone de protection forte. L’artificialisation du littoral constitue une menace pour ces aires protégées, en particulier celles en zones côtières sensibles.

D’autres informations sont détaillées dans la publication spécifique sur l’artificialisation du littoral en Normandie, telles que des graphiques et cartographies complémentaires sur l’occupation des sols sur sur les communes littorales ; la répartition des types d’ouvrages littoraux ; l’évolution des espaces naturels, agricoles et forestiers consommés par les espaces urbanisés entre 2009 et 2023 ; ou encore sur l’efficacité de consommation d’espaces naturels, agricoles ou forestiers par commune littorale. Vous y retrouverez également quelques éléments de réglementation.
Pour en savoir plus et consulter la méthodologie, téléchargez le document complet de notre collection Indicateurs de Biodiversité Normandie consacrée à l’artificialisation du littoral en Normandie