Évolution de l’usage des produits phytopharmaceutiques en Normandie

Évolution de l’usage des produits phytopharmaceutiques en Normandie

Les produits phytopharmaceutiques (PPP) ou phytosanitaires ciblent des bio-agresseurs des cultures afin de maintenir les caractéristiques qualitatives suffisantes pour leur récolte et leur commercialisation.

Les produits phytopharmaceutiques ne sont cependant pas sans dangers, que ce soit pour la santé humaine – en premier lieu celle des agriculteurs -, ou pour la santé des écosystèmes. En effet, les produits phytopharmaceutiques peuvent rester de longues périodes dans l’air, le sol et l’eau, notamment en se répandant par ruissellement dans les écosystèmes aquatiques, et perturber le cycle de vie et de reproduction des espèces qui s’y trouvent.

En France, la Stratégie Écophyto 2030 est le plan d’actions national imposé par la directive européenne 2009/128. Cette stratégie a pour objectif une réduction de 50 % de l’usage et des risques des PPP d’ici 2030, par rapport à la moyenne triennale 2011-2013.

Chiffres clés – Produits phytopharmaceutiques (PPP) en Normandie

Surfaces agricoles (source : Recensement Agricole (Agreste 2020))

  • 1 953 000 ha de surface agricole utile (SAU) en Normandie, soit 64,8 % du territoire
  • Dont 770 000 ha de prairies (permanentes et temporaires), soit 25,6 % du territoire

Moyennes triennales 2021-2023 (source : BNV-D, OFB-MTE (SDES))

Quantité de substances actives (QSA) achetées en Normandie :

  • QSA totale : 4 500 tonnes
  • QSA à toxicité classée CMR1* : 15 tonnes (seulement 0,8 tonnes en 2023)
  • QSA à usage herbicide et anti-mousse : 2 700 tonnes, dont 500 tonnes de glyphosate
  • QSA à usage insecticide – acaricide – nématicide – médiateur chimique : 700 tonnes, dont 2 tonnes pour le groupement de substances néonicotinoïdes (seulement 3 kg en 2023)
  • QSA issues de produits de biocontrôle et/ou utilisables en agriculture biologique : 900 tonnes

Classement de la Normandie parmi les 13 régions métropolitaines achetant le plus de QSA, selon le type de substances achetées, en kg par hectare de surface agricole utile (SAU) hors prairies :

  • 7e région en termes de QSA totale (3,8 kg/ha)
  • 10e région en termes de QSA à toxicité classée CMR1* (0,012 kg/ha, seulement 6,9.10-4 kg/ha en 2023)
  • 4e région en termes de QSA à usage herbicide et anti-mousses(2,3 kg/ha) (7e pour le glyphosate seul (0,42 kg/ha))
  • 5e région en termes de QSA à usage insecticide – acaricide – nématicide – médiateur chimique (0,57 kg/ha) (4e pour le groupement de substances néonicotinoïdes (1,6.10-3 kg/ha, seulement 2,3.10-6 kg/ha en 2023))
  • 10e région en termes de QSA issues de produits de biocontrôle et/ou utilisable en agriculture biologique (0,79 kg/ha)
photo A. DUDOUBLE

photo A. DUDOUBLE

* CMR1 : cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction avérées ou supposées

Taux d’évolution entre 2015 et 2023, QSA achetées en Normandie (source : BNV-D, OFB-MTE (SDES))

  • -5,2 % de QSA totale
  • -99,4 % de QSA à toxicité classée CMR1*
  • +25,6 % de QSA à usage herbicide et anti-mousse (+18,3 % pour le glyphosate)
  • -61,6 % de QSA à usage insecticide – acaricide – nématicide – médiateur chimique (-100 % pour le groupement de substances néonicotinoïdes)
  • +25,8 % de QSA issues produits de biocontrôle et/ou utilisable en agriculture biologique

Nombre de doses unités (NODU) (sources : Nombre de doses unités (NODU) (Territoires Fertiles) ; Surfaces agricoles utiles issues du Recensement Agricole (Agreste 2020))

  • 4e région métropolitaine ayant le NODU le plus fort
  • 3,8 : NOmbre de Doses Unités (NODU) en Normandie (moyenne triennale 2020-2022)

Les produits phytopharmaceutiques en Normandie

En Normandie, sur les 1 953 000 ha de surface agricole utile (SAU) (64,8 % du territoire) (dont 770 000 ha de prairies
(permanentes et temporaires), soit 25,6 % du territoire), 4 500 tonnes substances actives ont été achetés en moyenne
par an sur les trois dernières années
(moyenne triennale 2021-2023).
Quantités achetées par département :

  • 1 500 tonnes dans l’Eure ;
  • 1 400 tonnes dans la Seine-Maritime ;
  • 700 tonnes dans le Calvados ;
  • 500 tonnes dans l’Orne ;
  • 400 tonnes dans la Manche.

photo A. DUDOUBLE

Moyenne triennale (2021-2023) de la quantité de substances actives (QSA) totale achetée par hectare de SAU hors prairies par commune en Normandie

Point d’attention sur la cartographie à la commune : les données d’achats issues de la BNV-D sont renseignées au niveau du code postal. En l’absence de correspondance univoque entre codes postaux et communes, une méthodologie a été mise en œuvre par le service des données et études statistiques (SDES) du Ministère de la Transition écologique pour estimer les achats à l’échelle communale, afin de pouvoir les mettre en regard de la surface agricole utilisée (SAU) hors prairies. Le principe général retenu est le suivant : lorsqu’un code postal s’étend sur plusieurs communes, les quantités d’achats sont réparties au prorata de la SAU hors prairies de chacune de ces communes.

Moyenne triennale (2021-2023) de la quantité de substances actives (QSA) achetée par hectare de SAU hors prairies par fonction et par département normand

Source des données : OFB-MTE (SDES) d’après la BNV-D, 2025
Réalisation : Agence Normande de la Biodiversité et du Développement Durable – ANBDD, 2025

Les achats de PPP en Normandie révèlent une forte disparité entre l’Est et l’Ouest de la région. En moyenne, entre 2021 et 2023, les départements de la Seine-Maritime et de l’Eure affichent les pressions d’utilisation des PPP les plus intenses (respectivement 5,0 kg/ha de SAU hors prairies et 4,9 kg de SAU hors prairies), dépassant nettement la moyenne régionale de 3,8 kg/ha de SAU hors prairies. À l’opposé, le profil plus extensif de la Manche et de l’Orne se traduit par des achats près de deux fois moindres (respectivement 2,0 kg/ha de SAU hors prairies et 2,4 kg/ha de SAU hors prairies), tandis que le Calvados (3,4 kg/ha de SAU hors prairies) occupe une position intermédiaire, s’alignant sur la tendance régionale. Ces chiffres s’expliquent en grande partie par le contexte agricole des différents départements normands. En effet, l’Eure, et dans une moindre mesure la Seine-Maritime et le Calvados (plaine de Caen), ont d’importantes surfaces en grandes cultures, qui ont souvent beaucoup de traitements de PPP.

Avec une moyenne régionale de 3,8 kg/ha de SAU hors prairies entre 2021 et 2023, la Normandie est la 7e région métropolitaine (sur 13) à acheter le moins de quantité de substances actives (QSA) par hectare de SAU hors prairies.

En regardant la moyenne triennale (2021-2023), et en tonnes de substances actives, la grande majorité des PPP achetés en Normandie sont des herbicides et anti-mousse (59,9 %, soit 2 700 tonnes, dont 500 tonnes de glyphosate). Viennent ensuite les fongicides – bactéricides – virucides (18,5 %, soit 800 tonnes), puis les insecticides – acarides – nématicides – médiateurs chimiques (15,1 %, soit 700 tonnes, dont 2 tonnes du groupement de substances néonicotinoïdes) et enfin les molluscicides – régulateurs de croissance – rodenticides – taupicides – répulsifs – autres (6,6 %, soit 300 tonnes).

Les produits de biocontrôle et/ou utilisables en agriculture biologique (UAB) – également utilisables en agriculture conventionnelle – peuvent fortement contribuer à ces chiffres, même si la surface en bio est relativement faible. Cela s’explique par le fait que leur dose maximale homologuée par hectare est pour certains bien plus élevée que celle des produits conventionnels. Le soufre (fongicide) et les huiles de vaseline et de paraffine (insecticides) sont notamment des substances actives de biocontrôle et UAB qui ont une dose maximale homologuée par hectare élevée. À titre de comparaison, pour lutter contre l’oïdium de la vigne, un traitement conventionnel à base de penconazole (Topaze) nécessite environ 0,25 L/ha de substance active, là où un traitement de biocontrôle à base de soufre (Heliosoufre S) en requiert 7,5 L/ha, soit 30 fois plus. Attention cependant, la dose maximale homologuée ne reflète pas la concentration en substances actives des PPP, bien qu’elle en soit un bon proxy en général. Elle ne reflète pas non plus la toxicité des substances actives.

Indice de traitement phytosanitaire (IFT) des surfaces agricoles par commune en Normandie en 2022

D’après le ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, « l’Indicateur de Fréquence
de Traitements phytosanitaires (IFT) est un indicateur de suivi de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques
(pesticides) à l’échelle de l’exploitation agricole ou d’un groupe d’exploitations. »

Solagro met à disposition une carte de modélisation de l’utilisation des PPP en France au travers de l’IFT moyen des
surfaces agricoles par commune (sources détaillées dans le pdf en bas de page).

Contrairement à la QSA qui estime la quantité brute de produit à partir des achats de PPP, l’IFT estime le niveau
d’utilisation de PPP sur les surfaces agricoles à partir des pratiques déclarées des agriculteurs dans les enquêtes sur
les pratiques culturales.

Point d’attention sur la cartographie à la commune : la principale limite méthodologique de cet indicateur est que les IFT relevés dans les enquêtes « Pratiques culturales » portées par les SRISE ne se basent pas sur un échantillon suffisamment large pour une représentation à l’emprise communale.

L’IFT, est calculé par de nombreux opérateurs (SSP – Agreste, DEPHY – Ecophyto, Chambres d’agricultures, etc.) détaillés
dans la méthodologie Solagro (sources détaillées dans le pdf en bas de page).

Solagro estime le niveau d’utilisation des pesticides pour chaque commune française sur la base de l’assolement de la
commune, du type de pratique (conventionnelle ou bio) et des IFT régionaux de référence. L’IFT ainsi calculé peut être
considéré comme :

  • « Une valeur de référence à laquelle les agriculteurs de la commune peuvent comparer leur IFT exploitation ;
  • Une valeur représentant la pression de pollution de l’eau, de l’air et des aliments lié à l’usage des produit phytosanitaires en agriculture ».

Les communes ayant le plus fort IFT sont les communes situées dans des bassins agricoles de grandes cultures, comme le plateau de l’Eure, le Vexin normand, le pays de Caux et la plaine de Caen. À l’inverse, les communes ayant l’IFT le plus faible sont celles situées dans des secteurs de polyculture-élevage, comme le pays d’Auge, la majeure partie de la Manche, mais également une bonne partie de l’Orne.

Un parallèle peut être fait avec la carte de la QSA totale achetée par hectare de SAU hors prairies par commune en Normandie. En effet, les communes avec un fort IFT total moyen ont souvent également un ratio élevé de substances actives achetées par hectare de SAU hors prairies.

Dix substances actives les plus vendues en Normandie (moyenne triennale 2021-2023)

Source des données : OFB-MTE (SDES) d’après la BNV-D, 2025
Réalisation : Agence Normande de la Biodiversité et du Développement Durable – ANBDD, 2025

En Normandie, le prosulfocarbe (produit commercial le plus connu : DEFI), un herbicide utilisé, par exemple, pour le désherbage du blé, est la substance active la plus vendue sur la moyenne triennale 2021-2023 (606 tonnes). Le glyphosate (495 tonnes), un autre herbicide, arrive juste derrière.
Les substances actives du groupement des néonicotinoïdes, des insecticides ayant de forts impacts sur les pollinisateurs, ont été interdites depuis septembre 2018, sauf usages faisant l’objet de dérogations.
Par conséquent, l’achat de néonicotinoïdes est très faible, avec 3 kg achetés en Normandie en 2023. La moyenne triennale (2021-2023) d’achats de néonicotinoïdes est de 2 tonnes, reflétant les dérogations de 120 jours qui ont eu lieu en 2021 et 2022 pour le thiamétoxame et l’imidaclopride.

Évolution des achats de produits phytopharmaceutiques en Normandie entre 2015 et 2023

Évolution des achats de quantité de substances actives (QSA) par fonction en Normandie entre 2015 et 2023

Entre 2015 et 2023, on constate une diminution de 5,2 % de quantité de substances actives (QSA) achetées en
Normandie, soit une diminution de 4 100 tonnes.

Par fonction, une augmentation des achats de QSA herbicide et anti-mousse est observée, avec un taux d’évolution positif de 25,6 % (+557 tonnes), dont une évolution positive de 18,3 % (+80 tonnes) pour le glyphosate. À l’inverse, les achats des substances actives insecticides – acaricides – nématicides – médiateurs chimiques ont diminué de 61,6 % (-484 tonnes, dont une diminution de 28 tonnes (-100 %) pour le groupement de substances néonicotinoïdes), tout comme ceux des molluscicides – régulateurs de croissance – rodenticides – taupicides – répulsifs – autres (-219 tonnes) et des fongicides – bactéricides – virucides (-79 tonnes).
Entre 2015 et 2023, on observe une augmentation de 25,8 % de QSA produits de biocontrôle et/ou utilisable en agriculture biologique.
Dans l’ensemble, « les quantités de substances actives vendues ne reflètent ni la quantité appliquée, ni la période d’application des traitements. En effet, l’année 2019 (tout comme 2015) est marquée par la hausse de la redevance pour pollutions diffuses au 1er janvier 2019. Les agriculteurs ont eu tendance à stocker des produits phytopharmaceutiques à l’approche de la fin de l’année précédente afin d’anticiper cette hausse. »

Les 10 variations les plus importantes des ventes en quantité de substances actives (QSA) entre 2015 et 2023 pour une QSA supérieure à 1 kg en 2015 et à 1 kg en 2023 en Normandie

En QSA (kg), le chlorothalonil, un fongicide à large spectre (permet de lutter contre différentes maladies fongiques comme par exemple le mildiou (tomate), l’oïdium (vigne) ou encore la septoriose (céréales)), illustre la plus forte évolution des ventes de substances actives entre 2015 et 2023. En effet, après un pic de ventes de 305 tonnes en 2018, le chlorothalonil a été définitivement interdit en France en mai 2020, en faisant la plus grosse variation des ventes en valeur absolue (-241 tonnes) et en taux d’évolution (-100 %) entre 2015 et 2023.

À l’inverse, et notamment en réponse à l’interdiction d’autres substances, les ventes de prosulfocarbe, un herbicide utilisée pour le désherbage du blé par exemple (produit commercial le plus connu : DEFI), ont augmenté de 224 tonnes entre 2015 et 2023. La résistance et les risque d’augmentation de la résistance des bio-agresseurs au prosulfocarbe, et plus généralement à toutes les substances actives, est particulièrement étudiée par le Réseau de Réflexion et de Recherches sur les Résistances aux Pesticides (R4P), un réseau français regroupant 6 équipes et laboratoires (INRAE, Anses, Ministère de l’agriculture).

Le S-métolachlore est un herbicide dit de « pré-levée », c’est-à-dire qu’il est appliqué sur le sol juste après le semis, avant que les adventices ne sortent de terre, principalement sur les cultures de printemps (maïs, tournesol, soja, betterave, etc.). Cette substance active a vu ses ventes augmenter de 79 tonnes entre 2015 et 2023. Cela montre une anticipation de son interdiction à la vente à partir d’octobre 2023, car il pouvait encore être utilisé jusqu’en octobre 2024.

En s’intéressant au taux d’évolution en pourcentage entre 2015 et 2023, c’est cette fois-ci le soufre, de plus en plus utilisé depuis 2017 en agriculture biologique, qui a connu une augmentation de 27 000 %.

Les plantes messicoles
En Normandie, sur les 91 plantes messicoles identifiées (dont 75 espèces observées récemment entre 2000 et 2021), 16 espèces n’ont pas été revues depuis au moins 20 ans (dont 11 figurent sur la liste rouge des espèces menacées au niveau national). Pour retrouver plus d’informations sur les plantes messicoles de Normandie, vous pouvez consulter notre publication à ce sujet, accessible via le lien ci dessous !

D’autres informations sont détaillées dans la publication spécifique sur l’évolution des produits phytopharmaceutiques en Normandie, telles que des chiffres sur les substances actives de toxicité classées cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction avérées ou supposées (CMR de catégorie 1) ou suspectées (CMR de catégorie 2), ou encore sur les produits de biocontrôle et/ou utilisables en agriculture biologique. Vous y trouverez également, page 18 à 21, des éléments indispensables sur les produits phytopharmaceutiques et la biodiversité.

Pour en savoir plus et consulter la méthodologie, téléchargez le document complet de notre collection Indicateurs de Biodiversité Normandie consacrée à l’évolution de l’usage des produits phytopharmaceutiques en Normandie

Iuna Thomas
Iuna Thomas
Chargée de mission scientifique – Analyse et traitement de données